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Tag Archives: profession stagiaire

Résumé des épisodes précédents: dans l’épisode 1 je vous expliquais en quoi  engager un stagiaire pour compenser un manque de personnel était illégal. Dans l’épisode 2, je soulignais que la généralisation des stagiaires dans les rédactions de journaux, radio, chaînes télé, tout ce que vous voulez, pouvait nuire à la profession.

Voici maintenant que  le Journal du Dimanche encourage les jeunes diplômés à faire des stages!!! Dans une rubrique spéciale “quatre astuces pour passer la crise” du dossier “Le grand défi des jeunes diplômés”, on pouvait ainsi lire:

Il peut s’avérer judicieux de conserver son statut étudiant afin d’utiliser le système de conventions de stage. Il suffit de s’inscrire à l’université.

Allez y jeunes diplômés réinscrivez vous à l’université, n’entrez pas sur le marché du travail, soyez compétents et sous-payés!

Le dossier, plutôt intéressant, du JDD daté du 19 Avril,  explique ainsi que les jeunes diplômés qui sortent sur le marché du travail cette année (comme moi) auront  plus de mal à trouver un emploi que les années précédentes. Certes! Mais le coup de l’astuce de se réinscrire en fac (sans assister aux cours) pour continuer à faire des stages, alors que vous êtes compétent pour un emploi (oui un vrai!), ce n’est pas vraiment un bon conseil!

Judicieux d’accumuler les stages? Pas vraiment. Un employeur qui voit un CV avec une longue liste de stages ne voit pas ça non plus d’un très bon oeil. C’est un PDG qui me l’a dit!

Hier je vous disais que j’avais fait dix stages. Alors forcément il fallait que je fasse un épisode 2 à mon post “Profession stagiaire”. Un ne suffisait pas pour traiter le fond du problème. Je ne garantie pas que celui-ci sera aussi bon que le premier hein?!.

J’en ai pas fini car ces temps-ci je remarque les journaux qui se lancent, ont souvent tendance à recruter du “stagiaire-journaliste-pigiste sous-payé, voire non-payé”.  A la pelle. Et la généralisation des stagiaires dans les rédactions pour palier le manque de journalistes, ça ne sert pas la profession, au contraire.

Il y a biensûr l’exemple du magazine 20 ans qui est ressorti en kiosque la semaine dernière. La rédactrice en chef, âgée de 19 ans à peine, était en stage conventionné. Les “pigistes” recrutées pour le premier numéro, étaient payées 25 euros pour un dossier de 4 pages, selon une des journalistes qui a travaillé avec eux et qui m’en a parlé. Or, dans un mensuel de ce type, le feuillet (soit une demie page de magazine) est payé environ 60 euros net. Payer les jeunes journalistes une misère serait donc devenu courant, voire commun.

Lisez donc l’article de 20 minutes sur les conditions de travail à 20 ans, 7 astuces pour faire un magazine sans argent. ( 20minutes.fr est menacé d’être attaqué en justice par le groupe FT médias qui relance le magazine.)

A propos des piges sous-payées: A ce tarif, le paiement des rédactrices s’apparente à de l’argent de poche: 20€ l’article de 2 à 3 pages, 10€ pour une page, et 5€ quand l’article fait moins d’une page. Comme le relève la blogueuse Filledurock qui a été contactée par la rédaction pour écrire dans le magazine, «à 10 euros la page, il faudrait rédiger 132 pages dans le mois pour toucher le Smic».

A propos du statut de la rédactrice en chef: Dans l’édito du magazine, les lectrices ont découvert à leur grande surprise une très jeune fille en photo: Claire Crepon, 19 ans, étudiante en communication et rédactrice en chef de «20 ans». Elle vient de réaliser un magazine en un temps record (un mois et demi) avec une convention de stage, tout en continuant ses études de communication la journée. Mais le patron de FT Médias, Frédéric Truskolaski, l’a remerciée quelques jours avant la parution du magazine. «On a estimé qu’elle était un peu jeune», explique Truskolaski.

Les stages remplacent des emplois et la qualité des magazines en souffre. Le premier dossier de 20 ans vous propose ainsi 30 astuces (seulement!!) pour devenir canon. Fantastique. Read More

Des stages j’en ai fait. 10, rien qu’en journalisme, j’ai compté, je vous assure! Je ne remettrai jamais en cause leur utilité, j’ai beaucoup appris et j’apprends toujours beaucoup (Je suis en ce moment chez ARTE). Mais, voyant à quel point les rédactions étaient friandes de stagiaires bien formés pour remplacer des journalistes, j’en suis venue à me demander… Ont-ils vraiment le droit de prendre des stagiaires quand la rédaction manque de journalistes? NON. Et, en me penchant sur les textes de loi, j’ai appris ça (source: le site du Sénat):

Constitue un abus de stage le fait de conclure une convention pour remplacer un salarié absent, suspendu ou licencié, pour exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail, pour faire face à un accroissement temporaire d’activité ou pour occuper un emploi saisonnier.

Constitue également un abus de stage le fait de recruter un stagiaire qui a terminé la formation lui permettant d’occuper les fonctions correspondant au poste de travail qui lui est attribué. En effet, depuis quelques années, est apparu un phénomène marginal mais inquiétant : des employeurs exigent de candidats au recrutement qui ont achevé leur cursus de formation qu’ils se réinscrivent dans un établissement d’enseignement complaisant qui leur délivrera une convention de stage. Cette politique de recrutement qui vise à contourner le droit du travail permet à des employeurs de recourir aux services de personnes qualifiées sans en payer le prix et détruit corrélativement de vrais emplois.

Très intéressant! Croyez moi, l’été dans les rédactions, il y a souvent des stagiaires qui remplacent des journalistes. Et ce n’est pas seulement un phénomène français. Cela m’est arrivé en Angleterre, et aux Etats-Unis aussi. Surtout en ces temps de “crise” où embaucher un jeune journaliste compétent ne viendrait pas à l’idée de beaucoup de rédacteurs en chef.

Et puis deuxième chose, quand vous êtes enfin diplômés, mais (je dis bien mais) jeune, on veut bien vous prendre. Mais toujours en stage. (Un stagiaire à 398 euros par mois c’est quand même moins cher qu’un salarié!). Il serait  bien possible d’attaquer votre responsable de stage aux Prud’hommes… mais le jour où un stagiaire a les moyens de se payer un avocat, appelez-moi!

Je tire cependant mon chapeau aux rédactions qui embauchent l’été en CDD. C’est souvent le cas de la presse régionale (Ouest France, La Montagne, France Bleu..). Je devrais peut être aller faire un tour en Gironde cet été?!…

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