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Tag Archives: journalisme

Le mensuel culturel a publié un article sur les pigistes, ces journalistes qui travaillent en freelance dans son numéro de février. Soit. Je ne suis pas sûre que cela plaise aux lecteurs qui doivent en avoir marre que les journalistes parlent de journalistes mais bon, au moins ça a intéressé la profession. A la lecture de l’article, j’ai d’abord rêvé. Et puis je me suis rapidement énervée tellement tout cela semblait écrit à la sauce “Alice aux pays des merveilles”.

  • Le nombre de pigistes

Le papier intitulé “La Ligue des pigistes extraordinaires” (c’est un angle) explique que 20 pigistes se partagent la rédaction de tous les papiers des publications françaises. Ok, ils ne sont peut être pas nombreux à écrire pour plus de 4-5 publications mais selon les chiffres de la CCIJP relayés par Marianne2.fr, en 2009, 5747 journalistes titulaires de la carte de presse étaient rémunérés à la pige (et 1522 en tant que journaliste stagiaire). Cela me semble assez pour que, plus d’une dizaine publient dans plusieurs medias. Par exemple, si Gaël le Bellego travaille dans tant de publications (Glamour, Voici, Biba, Grazia, Oops, L’Express, GQ notamment), c’est aussi parce qu’il bosse dans la presse féminine depuis 8 ans 20 ans, le temps de développer son réseau. (Mise à jour: Gaël Le Bellego répond dans les commentaires). Un jeune journaliste qui sort d’école galère davantage même si la plupart d’entre eux écrivent déjà pour de nombreux medias, parfois gratuitement (et parce qu’ils aiment leur boulot).

  • Le salaire

Ces pigistes “extraordinaires” gagnent entre 3000 et 6000 euros. Quand on sait que la pige peut aller de à 0/15 euros pour des publications papier à tirage moyen, 60 à 200 euros la journée dans l’audiovisuel et jusque 150 euros le feuillet (1500 signes) chez des magazines plus importants, il faut faire beaucoup BEAUCOUP de papiers pour être payés 6000 euros par mois. Il faudrait demander aux journalistes listés dans l’article s’ils gagnent effectivement cette somme estimée par Nicolas Santolaria, l’auteur du papier en question. Tous les journalistes à qui j’ai demandé (pigistes ou non) n’y croit pas une seconde, même pour ceux présentés dans Technikart.
Mise à jour: Ironie de l’histoire les pigistes sont très mal payés chez Technikart, voire pas payés du tout me fait remarquer Nicolas Chapelle, journaliste (notamment pigiste pour Les Inrocks) sur twitter. Plusieurs pigistes me signalent par mail qu’ils n’ont jamais reçu de paiement pour les articles qu’ils ont écrit pour le magazine.

  • Etre pigiste c’est super cool

Lorsqu’on est journaliste, passer par la case pige, c’est un passage obligé, une étape normale de la carrière. Certains s’en sortent très bien et apprécient de travailler comme ça. Certes mais les pigistes eux-même racontent que c’est parfois très difficile (pas d’horaires, être sur le qui-vive en permanence, retoucher ses papiers à la demande) et que finalement ils travaillent beaucoup plus que leurs collègues de rédaction. Même l’article en parle, lorsqu’il reprend le témoignage de Marjorie Philibert qui lui dit “Tu vois moi, c’est pour ça que je ne suis pas vraiment d’accord avec l’angle de ton article. Déjà je ne me sens pas vraiment extraordinaire.” expliquant que lorsqu’elle prend un week-end et ne bosse pas, elle se sent mal. “Quand je ne bosse pas, j’ai l’impression que je vais me dissoudre.” Même chose pour Gaël Le Bellego qui explique “Je travaille plus de 80 heures par semaine, je collabore à une cinquantaine de titres et pourtant il m’arrive de me dire que je suis nul. Je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas encore de poste fixe alors que je suis capable d’écrire un canard à moi tout seul!”

Je vous passe les citations telles que “Je suis là pour sauver le journalisme français mec. Je suis une sorte de X-men envoyé en mission” dans la bouche de John Von Sothen (pigiste pour le GQ américain, Slate.fr ou Mediapart) qui semble avoir été écrite pour coller à l’angle inspiré de la Ligue des gentlemen extraordinaires (qui sont des gens qui se cachent plus qu’ils ne s’affichent dans Technikart).

  • Etre pigiste ça ressemble davantage à ça

Un tweet, parmi beaucoup d’autres, du compte twitter @LePigiste qui relaie les plus belles énormités du métier (et signalé par Elixie.) Voir aussi l’excellent groupe Facebook Fuck la pige sur Facebook, qui énumère les difficultés de la vie de pigiste:

- Parce que les seuls gens qui répondent à tes emails, ce sont les attachés de presse.
– Parce que tu as toujours la trouille quand tu pars en vacances qu’on t’appelle pour un truc très important que tu vas rater ; peur aussi qu’on ne t’appelle plus parce que cette fois là, tu n’étais “pas dispo”.
– Parce que quand tu prends le métro aux heures des gens qui ne bossent pas (11 heures, 16 heures), tu te surprends à envier les femmes au foyer avec enfant assises en face de toi. Elles ont l’air tranquille.
– Parce que tu passes tes journées à écrire des mails sympa et bourrés d’enthousiasme, alors que personne ne te répond.
– Parce que tu as l’impression de déranger tes potes qui ont un job quand tu les appelles en pleine journée.
– Et lorsqu’ils te disent, “je te laisse, j’ai du taf”, tu te dis “La chance”.
– Parce que dès qu’il y a une restriction de budget quelque part, c’est toi qu’on supprime.

Le sujet était bon et je ne crois pas avoir lu de bon papier de fond sur les pigistes (connus ou non) ces derniers temps, à part celui de Marianne2.fr cité plus haut. Si vous en avez je suis preneuse, car celui-ci ne m’a pas plu…

Mise à jour: A voir aussi, cette carte du “Pigistan” créée par Emile Josselin

Un papier signalé par collègue/ami Charles Dufresne (aussi connu sous le pseudo de rocknrobot)

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Dans le milieu journalistique parler de sa “marque” peut parfois s’apparenter à parler de capitalisme dans une économie communiste. Tabou, pas bien, faut pas se vendre. Nous ne sommes pas des produits mais des humais. On sait merci. Seulement, dans la masse de  jeunes journalistes qui sortent chaque année des écoles, cher jeune journaliste, si tu ne laisses pas ta marque, les rédacteurs en chef et autres recruteurs te remarqueront à une vitesse d’escargot.

Une bonne marque passe par un bon nom/pseudo, un blog, des comptes twitter, Facebook, linkedin, FlickR, Vimeo bien entretenus. Il faut  ensuite générer des discussions sur des blogs de camarades (pour les cocos) et de collègues (pour les capitalistes) pour vous faire connaître.

Il y avait bien les bons vieux réseaux qu’on tisse en école de journalisme pour qu’on sache qui vous êtes. Mais pour  toucher tous les responsables potentiels, être visible de tous peut s’avérer malin. C’est en lisant cet article, Pourquoi les étudiants en journalisme devraient cultiver leur marque sur le blog Mediashift de la chaîne américaine PBS, que certains souvenirs du lancement de mon blog sont revenus.

Un blog c’est un espace perso, pour publier vos productions réalisées à l’école de journalisme (ou ailleurs) sans que cela tombe dans l’oubli. Un moyen de montrer à un recruteur que vous vous débrouillez sur le web, ce qui peut être utile dans TOUTES les rédactions, tous médias confondus. C’est pas qu’un truc de techos.

C’est un CV, un portfolio et votre propre espace de publication ayant sa propre ligne éditoriale. Pour une fois vous êtes le rédac’ chef. Travailler sur un projet que vous avez construit peut s’avérer très formateur (et bien utile) avant d’entrer dans une rédaction déjà constituée. Cela vous apporte un esprit d’initiative fou, et mine de rien, ça vous exerce à l’écriture web.

Tous les journalistes ont leur identité. Vous savez en effet distinguer les papiers de Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts de ceux de Raphaëlle Bacqué si vous connaissez un peu les journalistes des rédactions de Libération et du Monde. Votre personnalité numérique peut vous permettre de construire votre identité, de vous faire un nom, cette fameuse marque (le personal branding des américains), sans avoir à publier sur les sites des journaux existants. Et c’est important en ce moment, c’est PBS qui le dit.

With journalism shifting toward an era of the personal, rather than the institutional, brand, students need to consider how they are going to stand out as the expert in a knowledge-based economy.

Ces considérations m’ont rappelé une journaliste-blogueuse américaine que je lis: Julia Allison. L’été dernier, elle était en couverture de Wired magasine, ce magasine de référence sur les tendances web. La couverture portait sur les tuyaux pour se faire connaître sur le web (How to get internet famous even if you’re nobody). Elle évoquait un concept intéressant l’“entrepreneurial personality-based new-media journalism”. Expression intraduisible que je résumerais par: si tu es journaliste sur le web bouge toi le cul pour monter ton projet perso et le faire connaître.

Ce qui me semble intéressant dans ce qui dit Julia Allison, c’est que les lecteurs/consommateurs de médias préfèrent se fier à des personnalités plus qu’à des grands groupes. D’où le développement de l’interactivité et l’émergence de community manager. (AH). Du coup, si vous vous constituez une marque qui plaît, vos employeurs potentiels auront envie d’apporter votre marque à la leur et donc…de vous employer.

Comment on fait? Read More

On arrête de dire, de prononcer le mot forçats. Fini, stop, personne n’en peut plus (et pas seulement Eric Mettout de l’Express.fr). Le mot a perdu son sens véritable. Et ayons un peu de respect pour eux, quand même.

L’article “Les forçats de l’info” signé Xavier Ternisien a été publié dans Le Monde, il y a tout juste un mois. Un mois qu’on discute et surtout qu’on se rencontre (au delà de Twitter j’entends, dans la vraie vie vous savez) pour parler journalisme de demain. Ca en saoûle beaucoup qu’on parle aussi (trop) sur le web, et je les comprends bien. Mais, ce sont les discussions et ces rencontres dans la vraie vie qui me semblent intéressantes et qui m’importent.

Il y a eu le “café des OS” (bien arrosé et très sympathoche) qui a permis aux djeuns de se dire bonjour et de parler de conditions de travail. C’était le jeudi 18 Juin. Il y a eu ce débat que j’ai organisé, très court, le mardi 23 Juin (en plein remaniement du gouvernement), qui a soulevé pas mal de problèmes, notamment sur la formation au journalisme web qui, selon Benoit Raphaël (Le Post.fr), Joël Ronez (Arte.tv) et Johan Hufnagel (Slate.fr) ne dépendrait plus des écoles mais de l’implication des étudiants en journalisme sur internet. A noter: l’université Paul Verlaine de Metz lance cette année une formation aux “rich media” qui porte spécifiquement sur l’information destinée au web.

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Benoît Raphaël, Eric Mettout, Johan Hufnagel, Joël Ronez, Emmanuel Parody, Pierre Haski, Laurent Mauriac et Sophie Dufau //Photo: Aude Baron

(Ecoutez l’intégralité du débat dans le dossier sur les journalistes web signé Eric Chaverou sur le site de France Culture).

Et il y a eu un débat organisé lundi soir par “ça presse” à l’EMI-CFD auquel j’ai assisté et que j’ai liveblogué sur Twitter (grâce à l’aide précieuse de Steven Jambot, à Toulouse, qui tweetait mes SMS old school, puisque je n’avais ni Blackberry, ni Iphone… pas de soussous pour ça -merci à Joseph Melin, photographe, d’avoir immortalisé ma pauvre geekitude à tendance fail).

Maintenant on sait surtout qu’on doit changer, et surtout qu’on doit arrêter de se regarder pourrir. Qu’on se présente plutôt comme des passionnés que comme des f…(j’ai dis que je ne dirai plus ce mot). Tous ces gens qui déplorent des conditions précaires, en parlent maintenant de vive voix: les journalistes web qui sont sous-payés dans certaines rédactions de sites d’infos (on appris qu’un journaliste de 20minutes.fr est payé 1800 euros brut par mois, c’est aussi le cas sur d’autres sites). Mais pas seulement eux, il y aussi les pigistes, les journalistes de PQR, qui assurent des locales entières, seuls, et des stagiaires diplômés qui assurent des postes de journalistes titulaires…

Il ne faut pas parler seulement du web, ce serait réduire la discussion à une seule catégorie de journalistes.

Lors du dernier débat lundi soir à l’EMI-CFD, où Eric Mettout, Xavier Ternisien, et Julien Ménielle, de 20minutes.fr, étaient réunis à la “tribune”, Pierre Haski, rédacteur en chef de Rue89, dans la salle, précisait que “60% des français ne font plus confiance aux journalistes” (sondage La Croix/Logica), Jean-Marie Charon, sociologue des médias, là aussi, soulignait que “les grandes rédactions avec beaucoup de journalistes coûtent très cher” et diminuent donc les effectifs, dans les chaînes télé, à la radio, dans les quotidiens comme sur le web.

Résumons: Statuts parfois précaires, réductions d’effectifs…dans un contexte économique franchement pas simple, pour des médias qui rament parfois à trouver ou à sauver un modèle économique. Pourtant, chaque année, des centaines d’étudiants en journalisme sortent d’écoles avec des étoiles dans les yeux. Pourquoi?

On est des passionnés je vous dis. Si tous les journalistes acceptent à un moment de leur carrière (ou tout du long) d’être précaires, de multiplier les stages ou d’être mal payés, c’est parce qu’ils aiment ça. Alors bougeons nous le cul pour nous faire aimer de nos lecteurs qu’ils retrouvent confiance en nous. Qu’ils aiment venir nous voir et qu’on trouve un moyen de survivre grâce à ça.

Plutôt que de pleurer sur notre sort, ce qui est une étape nécessaire, employons nous à revaloriser, réevaluer et même changer notre métier aux yeux de tous et pas seulement entre nous.

On fait comment? Read More

Il est 2h38 du matin. Ordi ouvert. Gmail, Twitter, Facebook, Tumblr, Friendfeed, Le Monde, et Le NYT…(et le blog de Margaux motin, hum!)

Suis je une forçat de l’information comme ceux que décrit Xavier Ternisien dans un article paru sur LeMonde.fr? Ce journaliste media a interviewé une partie des journalistes et rédacs’ chef des sites d’info français et analyse la nouvelle génération de journalistes online: des forçats ultra connectés.

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Je vous laisse apprécier le choix de la pub associée à l'article

On leur a déjà trouvé un surnom : “Les OS de l’info.” C’est Bernard Poulet qui a lancé la formule dans son livre choc paru en janvier, La Fin des journaux et l’avenir de l’information (Gallimard). On dit aussi “les journalistes “low cost”“, ou encore “les Pakistanais du Web”. “Ils sont alignés devant leurs écrans comme des poulets en batterie”, constate, effaré, un journaliste de L’Express, en évoquant ses confrères du site Web Lexpress.fr.

Internet a accouché d’une nouvelle race de journalistes. Moyenne d’âge : 30 ans. Le teint blafard des geeks, ces passionnés d’ordinateur qui passent leur temps devant l’écran. Ils ont suivi le parcours obligé : stage, contrat de professionnalisation, contrats à durée déterminée (CDD), avant d’espérer un hypothétique contrat à durée indéterminée (CDI). Ils enchaînent les journées de douze heures, les permanences le week-end ou la nuit.

Testons donc l’efficacité de la définition de Mister Ternisien? Moi: pas encore 30 ans mais… teint blafard (ouais), stage (ouais), douze heures (ouais), permanence week end, la nuit (ouais). Est ce que j’en suis alors? Hum comment dire… Eric Mettout et Arnaud Aubron ont beau critiquer cet article en forme de caricature, avouez que vous aussi vous avez des têtes de poux!! (6 jours sur 7 au moins). L’article a le mérite de souligner des conditions précaires dues au manque de considération du journalisme web (stages, CDD, etc..)

Cela dit, la vérité s’arrête là. C’est pas le physique qui compte, c’est ce qu’il y a à l’intérieur… comme dirait l’autre.

Ce ne sont pas les jeunes journalistes web qui sont fatigués, mais la place des sites web d’info français qui va mal. La société des éditeurs du monde interactif a bien raison de répondre à l’article en soulignant des conditions de travail moins favorables sur la version online du quotidien. Il se trouve que nous avons une apprentie de Sciences Po qui bâtonne sa dose de dépêche au Monde.fr à l’heure où je vous parle donc c’est véridique. (Update:  L’apprentie concernée se sent très bien au Monde.fr et ne travaille “qu’avec de l’image” (ce sont ses propos), on m’avait mal informée je m’en excuse!)

Il existe donc une forte précarité, qui nous préoccupe. Autre constat problématique : les salaires sont, à ancienneté égale, inférieurs à ceux qui ont cours au Monde.

Que les sites d’info n’aient pas encore trouvé leur modèle économique, et donc que l’argument de la rentabilité serve de prétexte au manque d’investissements, ok…. mais ne devrait-on pas chercher à investir au lieu de mépriser ses geeks aux yeux défoncés qui font tourner les sites des plus grands quotidiens? Internet est clairement l’avenir. (NA!). Il faudrait juste que dans les rédactions, les anciens journaleux du papier commencent à y croire car c’est précisément ce mépris qui rend les jeunes journalistes blafards!

Au Monde par exemple, LE grand journal français, le mépris, ce n’est pas seulement entre LeMonde et LeMonde.fr mais aussi entre LeMonde.fr et Le Post.fr Les nouveaux contenus online (qui marchent) semblent faire peur. Je ne veux pas que tout soit tout beau tout rose, mais quand les deux générations de journalistes arrêteront de se cracher dessus et penseront innovation, futur et nouvelle formes d’info tous ensemble, on se marrera plus.

Tout comme les sites web ne sont pas le Tiers état de l’information, les jeunes journalistes ne sont pas des esclaves.

Car les djeuns, non seulement ils se couchent tard, mais en plus ils pensent didon. La solution pourrait donc venir de ces forçats de l’info, hein? Comme Sylvain Lapoix, un journaliste de Marianne2.fr qui vient de lancer une très chouette association au nom imprononçable: Djiin, l’association pour le développement du journalisme, de l’information et de l’innovation numérique. Une association qui fera sûrement autre chose que se poser la question rebattue (mais pas tranchée) du journalisme citoyen (blog vs. journaux) et de la viabilité des modèles économiques (pas grand chose à ce jour). Le projet? Read More

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Comme tous les dimanches, la newsletter de Monday note arrive dans ma boîte mail. Monday note, c’est un site/blog sur les médias écrit par Frédéric Filloux, un de mes anciens profs de journalisme à Sciences Po. Cette semaine mon petit coeur en a pris un coup à la lecture de l’article sur les nouvelles formes de récits journalistiques. Frédéric Filloux, qui dirige une division internationale du groupe norvégien de média Schibsted, introduit  cette semaine son article en analysant le manque de connaissance des élèves du master journalisme de Sciences Po en multimédia. AH!

Last Thursday, I presented a series of great news related multimedia productions before a group of students of the Sciences Politiques School of Journalism where I happen to have a small gig.  I was curious to see their reactions. Too often, journalism students are mostly interested in the pursuit of a “voie royale”. This is especially true of those following a high-end academic path such as “Sciences Po”; they yearn to write for big newspapers, especially on noble beats such as foreign policy and politics. Fine. Grand ambitions are healthy.
Last year, as I was coaching another group on the handling of daily editorial meetings for a fictitious newspaper, I started to worry. In the real world, their editorial output would have been boring, un-commercial. Many in that group of students found me of the utmost vulgarity as I discouraged front-page stories covering elections in Zimbabwe, for example.

Si vous avez bien tout compris, l’année dernière lors de nos fausses de conf’ de rédac du matin avec Mister Filloux, on proposait des sujets faits et refaits, et Frédéric Filloux s’en faisait beaucoup pour mes camarades et moi et nos ambitions de travailler pour des “grands journaux”. Il avait bien RAISON. On ne proposait rien de neuf.

Et encore moins sous des formes innovantes. Un jour la rédactrice en chef adjointe du Monde.fr nous a bien parlé de “mash-up” mais la moitié de la classe a fait une grimace d’incompréhension (moi comprise!). Il y avait bien aussi ces neuf heures de cours avec Francis Pisani sans lesquelles je n’aurais jamais été sur Twitter, Friendfeed, Linkedin, et Netvibes. C’est un fait et Frédéric Filloux a raison, les formations aux nouvelles narrations multimédia manquent cruellement dans les écoles de journalisme. En France en tout cas.

A l’automne dernier, j’étais en échange dans une école de journalisme aux Etats-Unis et c’est là j’ai appris ce qu‘était VERITABLEMENT le multimédia. Six mois de HTML, de FLASH pour créer mon site (attention c’est un pas le New York times…loin loin de là!!!!). On m’a appris à me servir de Dreamweaver, à savoir ce que c’était qu’un CSS et à monter des slideshows sous Soundslide. Et là… je laisse encore la parole à Filloux parce que ce n’est pas à Sciences Po que j’aurais appris tout ça.

I realized how unprepared they were to get into an authoring, technical and creative domain that might engulf a large part of their professional future. Journalism schools underplay an important part of the training of aspiring journalists: the development of technical skills. To most grown-up news people, drilling into arcane science of Flash or of other web production tools is as inappropriate as talking about editorial marketing

Je vais être sévère, je pense qu’il n’y a pas que dans les écoles que ça ne va pas. En France, quand les rédactions pensent faire du multimédia, elles mettent en avant une vidéo ou un son d’illustration liés à un article publié sur le site ou dans la version papier. Au mieux une animation Flash (mais ça n’arrive que très rarement dans peu de rédaction, une à deux fois par mois). Beaucoup de sites n’ont pas de programmeurs et les contenus “multimédia” restent trop souvent lié à un article écrit! Pire,  j’ai entendu que le multimédia c’était juste publier sur le web, ou encore que c’était “les commentaires des articles” (ahhhhhhhhhhhhh!).

Selon moi (et je ne prétends pas être experte), le multimédia c’est créer de toute pièce un concept pensé avec plusieurs médias en oubliant le texte, quelque chose d’intéractif et pas seulement d’illustratif. Les exemple donnés par F. Filloux sont assez représentatifs de ce que je pense être du multimédia: la série sur les new yorkais , Choosing a president, ou Anticipation on a City block tous dans the New York times, mais je donnerais aussi l’exemple de MediaStorm dont les projets mixants sons, videos et photos représentent ce qui se fait en ce moment aux Etats-Unis.

Autre gros problème, il n’y pas vraiment de site en France (corrigez moi si je me trompe) qui prétende faire de l’info uniquement dans des formats multimédia sans se baser sur du texte. Les sites des grands journaux n’ont pas de boîte de production avec lesquelles s’associer (comme c’est le cas entre MediaStorm et le Washington Post). Le multimedia ne trouve parfois même pas acheteur prouvant ainsi à quel nous sommes en retard…

Si les rédactions américaines sont plus en avance que nous c’est surtout parce qu’elles engagent des journalistes programmeurs. Read More

-Trouvé dans un article du Monde Diplomatique de 2006 (en voulant chercher le nouveau site internet de l’école de journalisme!!!).

Quelle que soit la part des vanités, l’entreprise Sciences Po constitue désormais ce qu’on appelle en économie une concentration horizontale. En l’espèce, cette évolution n’intéresse pas seulement l’entreprise mais également le bien public, car elle est au fondement d’un système de connivences entre les milieux de l’économie, de la politique, du journalisme, du sondage et d’autres. Il se voit mieux dans le domaine des médias, même si celui-ci n’est pas forcément le plus stratégique. Constatant la crise des écoles traditionnelles de journalisme, la direction demanda un rapport à Mme Michèle Cotta. Laquelle préconisa, sans surprise, la création par Sciences Po… d’une école de journalisme. Ouverte en 2004, sa première promotion adopta, sur le modèle énarchique, un nom de promotion, celui de Michèle Cotta, selon un réflexe de reconnaissance polie, et signant ainsi l’affinité avec un journalisme intimement mêlé aux jeux politiciens.

Les étudiants en journalisme sortaient souvent d’un institut d’études politiques. Dorénavant, leur recrutement, déjà verrouillé par des conventions d’exclusivité entre écoles et médias, n’en sera qu’un peu plus standardisé. Et accrue la proximité qu’évoquait David Pujadas, journaliste à France 2, pour excuser d’éventuelles connivences : « Regardez, je sais pas moi, j’ai des copains, ils étaient à Sciences Po avec des hommes politiques. Ils ont connu les mêmes filles. Ils ont, bon… L’un devient journaliste, l’autre devient homme politique. Ils vont quoi, arrêter de se voir ? C’est dur aussi. » On conçoit la part d’irresponsabilité des individus pris dans un système. Existe-t-elle aussi pour ceux qui s’emploient à le renforcer ?

-Par Alain Garrigou, Professeur de science politique à l’université Paris-X-Nanterre, auteur d’une Histoire sociale du suffrage universel en France, Paris, Seuil, 2002, et de l’essai Les Elites contre la République : Sciences Po et l’ENA, La Découverte, Paris, 2001.

Um…. je ne sais pas quoi en penser. Le Monde Diplomatique est un journal qu’il m’est arrivé de lire. Louis, camarade de promo, aurait un avis sur la question j’en suis sûre.

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