Attendre la sortie en salles d’un documentaire sur LE quotidien américain, c’était un peu comme attendre un nouvel épisode d’une saga haletante. Projeté seulement dans trois salles à Paris, il fallait que j’y aille. Mon attachement au journal (enfin surtout à sa version web) dure depuis 2008 et, malgré son site Internet assez horrible d’aspect, j’ai décidé il y a quelques mois d’investir dans l’abonnement mensuel à 11,99 dollars qui donne accès à tous les articles web et à l’appli iPhone.
J’ai donc voulu voir comment cela se passait à l’intérieur. Le documentaire d’Adrew Rossi nous emmène au service média du New York Times et suit plus particulièrement David Carr, ex-toxico reconverti en figure phare de la “dame grise” : on le voit travailler plus d’un mois sur une enquête à propos de la Tribune Company, engueuler un blogueur du magazine Vice qui lui raconte comment il a enquêté sur le cannibalisme en Afrique soulignant que le NYT ne l’avait pas couvert, retracer la nuit où il s’est fait arrêter pour détention de cocaïne. On n’apprendra cependant jamais comment il est entré au quotidien.
Comme beaucoup de films traitant de journalisme, tout commence aux imprimeries, avec ce papier qui devient si difficile à vendre. La transition d’un média emblématique à l’heure du web, voilà le sujet du film traité de façon un peu brouillonne. Wikileaks est évoqué de manière très descriptive, on suit la nomination d’un jeune reporter au poste de chef du bureau à Bagdad et les interviews du jeune et talentueux Brian Stelter, blogueur embauché par le Times, devenu reporter média, en même temps qu’on nous rappelle la mauvaise couverture de la période qui a précédé la guerre en Irak et les affaires de plagiat qui ont conduit à la démission du journaliste Jayson Blair en 2003.
Le documentaire semble vouloir poser toutes les questions : que va devenir le journalisme à l’ancienne ? Comment se passe la transition du papier vers le numérique? Le traitement de l’information change-t-il avec le support ? Quel avenir pour la presse?
La limite du film tient dans cette peur agitée d’un journalisme qui s’éteindrait parce que le papier ne se vend plus. C’est aller un peu loin, un peu vite. Comme l’explique Jeff Jarvis, auteur de What Would Google Do ?, dans le film, il y aura toujours de l’info, mais il y a aujourd’hui beaucoup plus de médias qu’à l’époque du Watergate.
Tous s’accordent à dire que le New York Times traverse une période difficile - 100 journalistes sont licenciés en 2010, on assiste à certains départs dans le film – mais aussi qu’une telle institution sera toujours sauvée par des investisseurs et des mécènes. Surtout aux Etats-Unis, où les fondations ont un rôle très important dans le financement des médias.
Le documentaire donne donc davantage envie de bosser au NYT (où les journalistes ont des semaines pour travailler leurs enquêtes), qu’il ne nous permet de comprendre comment ce media assure la transition sur le web et s’il le fait bien ou non. Sans surprise, on apprendra que le modèle payant installé en 2010 semble rapporter. Mais, une fois encore, c’est aussi parce qu’il s’agit de la marque New York Times et que le journal bénéficie d’un lectorat dans le monde entier.
Le montage ultra-resserré, et quelques plans très mal cadrés, ne rendent pas le tout plus clair. Je regrette presque de l’avoir vu en salle tant la qualité de l’image est médiocre à certains moments. On sent surtout que le réalisateur n’arrive pas à se concentrer sur un sujet. On en ressort donc avec un panorama incomplet du fonctionnement de cette énorme machine dans un contexte de crise de la presse écrite, et plus largement des médias. Ce que l’on savait déjà.













