Je voulais m’abonner au Monde papier, pour donner une nouvelle chance à cette vieille dame grise pas très sexy. Alors je me suis abonnée, je vous l’ai déjà dit. Mais maintenant on me dit que je dois encore attendre 10 jours parce que “vous-comprenez-on-change-notre-base-abonnement”… Comme si la presse papier ne voulait pas que je l’aime. Or, je l’aime. J’attendrai, c’est peut être une technique de séduction.
Monthly Archives: January 2011
des liens, des liens #2
Avant tout, de biens belles nouvelles. Elise Costa et Peggy Sastre ont ouvert chacune un blog sur 20minutes.fr cette semaine. L’université de l’internet est le blog d’Elise. Sous le pseudo de professeur Bobby Freckles, elle t’apprendra à faire clic clic sur l’internet. Pornologie, le blog de Peggy, parle de sexe entre pornographie et philosophie. Peggy a écrit des livres, Elise aussi.
A lire sur L’Université de l’Internet: Les termes relatifs à Internet qu’Internet déteste ; Space Jam, un vestige de l’internet de 1996
Sur Pornologie: Pourquoi simulez-vous l’orgasme? A cause du scénario sexuel ; Le sperme mondial n’est pas en forme.
Sinon…
- Etre jeune de nos jours, c’est pas la joie selon le sociologue Louis Chauvel (LeMonde.fr) “Chômage record, baisse des salaires et des niveaux de vie, précarisation, développement de poches de travail quasi gratuit (stages, piges, free-lance, exonération de charges, etc.), nouvelle pauvreté de la jeunesse, état de santé problématique et faible recours aux soins, absence d’horizon lisible.” –> voir aussi l’édito du Monde sur la “génération sacrifiée”
- Pas la joie non plus, Edgar Morin (<3), directeur émérite au CNRS et spécialiste de la pensée complexe explique 2011. “La marche vers les désastres va s’accentuer dans la décennie qui vient.” Barack Obama a échoué, les extrêmes reviennent à la charge, “la crise du développement, la crise de la mondialisation, la crise de l’occidentalisation sont invisibles aux politiques.” “Les nuits seront enceintes”, dit t-il reprenant un proverbe turc. Une belle synthèse géopolitique de ce qui s’est passé en 2010 et arrivera en 2011. (Le Monde) –> comme je fais du prosélytisme en faveur d’Edgar une petite citation “La pensée complexe est non pas ce qui évite ou supprime le défi, mais ce qui aide à le relever, et parfois même à le surmonter” (Introduction à la pensée complexe, 1990)
- Sur Senscritique, tu devras t’inscrire. J’ai acheté une dizaine de livres à cause de ce réseau social “culturel” où tu pourrais passer tous tes dimanches après-midi. (SensCritique). J’ai dit que je voulais lire “Introduction à la pensée complexe” d’Edgar Morin pour me la péter, mais j’ai aussi écrit une critique de “Burn After Reading”, le film des frères Coen, et je fais de la pub pour le recueil de portraits de Libération (mega bien++ 9/10)
- J’ai testé le nouveau réseau social Quora, vous savez ce site qui sert à se poser des questions les uns les autres. Je vous dis ce que j’en pense là. En gros, c’était mieux avant, au début, en juin, parce que seuls les responsables de tous les gros sites mondiaux genre Fourquare, Tumblr, AOL, y avaient accès (le site est ouvert uniquement sur invitation) et ils répondaient hyper précisément à des questions sur leurs business et ça, ça n’arrive pas tous les jours sur internet. (Preum’s – 20minutes.fr)
- pause musicale: I’ll try anything once des Strokes à la cool (via Nights Out)
- Et le live de MGMT au Bataclan intitulé “Qu’est-ce que c’est la vie, chaton?” (BRILLANT) est disponible par ici (Nodata.tv via @colinsco)
- Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi un américain se permet de dire que le café parisien est pas bon? (T magazine)
- Enfin… Vous ai-je dit que vous pouviez changer votre cerveau? (New York Times)
Et toi l’internaute, t’as des liens?
«La Rue est à eux», un docu sur Rue89
De gauche à droite: Arnaud Aubron, Pierre Haski, Laurent Mauriac, Pascal Riché, fondateurs et journalistes à Rue89
Documenter la vie d’un site internet? Pas facile, dit comme ça hein. Chaque année, des réalisateurs de docu, d’émissions se frottent au web sans toujours réussir à montrer autre chose que des souris, clic, clic, le bruit du modem et bim une fenêtre firefox qui s’ouvre. Benjamin Rassat s’en était pas trop mal sorti avec “Quand l’internet fait des bulles“, moins bien avec “I am the media”. Récemment France 4 a décidé d’être pédagogique, sans être chiant, et d’expliquer l’internet du buzz – mais quelle idée d’utiliser ce mot- du lol et du what the fuck dans une émission “Et toi, est-ce-que tu buzz?“
Le 25 octobre dernier, Isabelle Regnier, journaliste, critique cinéma pour Le Monde, présentait son documentaire sur le site d’info Rue89, «La Rue est à eux» au cinéma Le Grand Action à Paris. Son premier film. Elle voulait enquêter sur ce journalisme qui change avec internet, mais ne voulait pas s’éparpiller à faire le tour des popottes/rédactions. Chez Rue89, elle dit avoir été bien accueillie. Alors elle est restée, a suivi les journalistes, filmé elle-même (parfois avec l’aide d’un cadreur) et accompagnée d’un ingé son. Et elle a laissé tourner. On rencontre les gens qui contribuent au site, les interviewés, les journalistes, les actionnaires, les gens auprès de qui il faut “faire bien” pour l’aura du site… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Strip Tease, cette émission de France 3 qui laisse parler ses sujets et ne comporte jamais de voix off, construisant l’analyse par le montage des reportages.
Le film, divisé en parties numérotées (1. lire, 2. réagir, 4. attendre, 5. jouer), résumant les objectifs du pure-player, se déroule assez bien, alterne terrain, interviews de personnes de la rédaction, actu liée à Rue89 (le procès d’Augustin Scalbert pour avoir publié le “off” de Sarkozy), discussion avec les “riverains”, les internautes du site.
“Ce sont des anciens de Libé et des jeunes mal payés” résume Philippe Manière, un des actionnaires, à propos de la rédaction lors d’une réunion. C’est l’une des scènes qu’on a envie de voir, surtout quand on est journaliste. Les fondateurs discutent de l’état actuel du site, de l’entreprise et parlent avenir. Arnaud Aubron, devenu depuis rédacteur en chef des Inrocks.com, parle des journalistes hyper-motivés, qui bossent à 120%, “mais qui ne vont pas tarder à se fatiguer”. On suit aussi, et c’est comme ça que commence le film, Sophie Verney-Caillat, une des journalistes, sur un reportage de plusieurs mois sur les salariés de Continental. Comment elle galère parfois à organiser l’info à 3 voix (l’identité du site), avec les internautes fidèles de Rue89, qui envoient à la rédaction des compléments d’information pour nourrir les articles des journalistes et publier.
Et puis il y a Charles Mouloud et Thierry Reboud, les deux piliers du film selon moi. Deux commentateurs hyper assidus, deux riverains, qui connaissent le site depuis ses débuts et en parlent le mieux. Ils disent combien de temps ils y passent, comment réagissent les autres lecteurs. “Il y a que les mecs de droite qui étaient sur internet.” lance Charles Mouloud. Multi-pseudo, ils ont testé toutes les limites de modération des commentaires sur le site, connaissent tous les autres riverains et sont proches des journalistes de la rédaction. Au point que Pierre Haski laisse son bureau à Charles Mouloud quand il vient.
«Avec le modèle de rue89, le slogan “la rue est à vous”, il me semblait fondamental, d’interroger la nature du participatif, de mettre à l’épreuve ce beau slogan en quelque sorte. 2 internautes, cela me semblait bien, dans l’idée des 2 vieux du Muppet show un peu, pour commenter la vie du site, parler de leur rapport à ce site, ce que ça leur apporte, les limites qu’ils y voient. Je voulais aussi qu’avec eux on comprenne un peu QUI sont ces gens qui font les commentaires» explique Isabelle Regnier.
Charles Mouloud et Thierry Reboud
On voit comment ce petit monde s’agence, fait des erreurs, échange, critique, Pierre Haski qui assure des formations, les journalistes qui organisent un chat avec Hervé Morin, Augustin Scalbert qui va au tribunal, Sophie Verney-Caillat avec les Contis (puis déçue par les faibles stats de ses articles). J’aurais aimé en savoir un peu plus sur le modèle économique, les perspectives, ça doit être ma déformation de journaliste web, mais ce n’était pas l’objet central du film, l’idée n’était pas de questionner la viabilité de la création d’information sur internet, de s’enfermer dans la rédac’ et de faire de l’image pretexte. L’idée est plutôt de voir une rédaction, une équipe, ses lecteurs évoluer .
Certains cadrages sont un peu hasardeux, la caméra bouge et le son est parfois trop bas, trop haut, mais je crois que ça n’en rend le film que plus attachant et honnête.
Le film est sélectionné pour le FIPA (Festival International des programmes audiovisuels) qui a lieu du 24 au 30 janvier à Biarritz, un des rendez-vous les plus importants de l’année pour les réalisateurs. Une très bonne chose pour le docu qui doit être diffusé en 2 x 52minutes sur Telessonne, la télévision locale du département de l’Essonne .
Si vous voulez lire un autre avis: celui de Jeremy Sahel sur megaconnard.com
Press is sex. la suite
J’ai croisé un mec aux cheveux poivre et sel qui lisait Libération dans le métro ce soir. Il était pas mal. Cela faisait longtemps que je n’en avais pas vu un mec lire Libé dans une rame devant moi. Et je vous ai raconté à quel point j’adore que les hommes lisent la presse dans le métro.
J’ai pensé un moment sortir mon Libé, pour voir si ça provoquait quelque chose. Je n’ai rien fait. Pour moi, ça aurait été comme le draguer. Et puis avec sa veste de cuir, son écharpe et ses doc Martens vieillies, on aurait dit qu’il portait un déguisement de soixante-huitard.
je me suis abonnée au Monde
…le journal papier
Ce n’est pas la première fois. Oui il y a eu un précédent en 2007, lorsque je préparais les concours d’entrée en école de journalisme. Mon grand défi sera de lire tous les articles du journal, tous les jours (même cet article: “L’indice Dow Jones retrouve son niveau d’avant la faillite de Lehman Brothers”). Après avoir arrêté mon abonnement en 2008, dégoutée par une maquette monotone et des articles aux titres improbables, je réessaye, par admiration, par respect pour le papier. La nouvelle formule semble plus accessible et prend davantage de recul sur l’actu (contre-enquêtes et portraits, reportages). Ce n’est pas pour lire dans le métro, soyons réaliste, non Le Monde est trop grand, comme s’il était fait pour le bureau des hauts fonctionnaires. Ce sera donc le soir dans mon lit, après avoir éteint l’iPhone qui me sert de deuxième main. Et puis il y a cette joie de recevoir (plaisir d’offrir) un journal dans ma boîte aux lettres tous les jours. Magie. Ce n’est que pour 6 mois, j’offre un CDD au Monde (ah), on verra si cela devient une habitude. Tout commencera le 12 janvier. Et puis cela me donnera accès à toute la partie web, réservée aux abonnés, me rappelle Philippe Jannet. Et on sait comme j’aime l’interweb. trop.


