Jeune journaliste, crée ta marque

IMG_0099

Dans le milieu journalistique parler de sa “marque” peut parfois s’apparenter à parler de capitalisme dans une économie communiste. Tabou, pas bien, faut pas se vendre. Nous ne sommes pas des produits mais des humais. On sait merci. Seulement, dans la masse de  jeunes journalistes qui sortent chaque année des écoles, cher jeune journaliste, si tu ne laisses pas ta marque, les rédacteurs en chef et autres recruteurs te remarqueront à une vitesse d’escargot.

Une bonne marque passe par un bon nom/pseudo, un blog, des comptes twitter, Facebook, linkedin, FlickR, Vimeo bien entretenus. Il faut  ensuite générer des discussions sur des blogs de camarades (pour les cocos) et de collègues (pour les capitalistes) pour vous faire connaître.

Il y avait bien les bons vieux réseaux qu’on tisse en école de journalisme pour qu’on sache qui vous êtes. Mais pour  toucher tous les responsables potentiels, être visible de tous peut s’avérer malin. C’est en lisant cet article, Pourquoi les étudiants en journalisme devraient cultiver leur marque sur le blog Mediashift de la chaîne américaine PBS, que certains souvenirs du lancement de mon blog sont revenus.

Un blog c’est un espace perso, pour publier vos productions réalisées à l’école de journalisme (ou ailleurs) sans que cela tombe dans l’oubli. Un moyen de montrer à un recruteur que vous vous débrouillez sur le web, ce qui peut être utile dans TOUTES les rédactions, tous médias confondus. C’est pas qu’un truc de techos.

C’est un CV, un portfolio et votre propre espace de publication ayant sa propre ligne éditoriale. Pour une fois vous êtes le rédac’ chef. Travailler sur un projet que vous avez construit peut s’avérer très formateur (et bien utile) avant d’entrer dans une rédaction déjà constituée. Cela vous apporte un esprit d’initiative fou, et mine de rien, ça vous exerce à l’écriture web.

Tous les journalistes ont leur identité. Vous savez en effet distinguer les papiers de Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts de ceux de Raphaëlle Bacqué si vous connaissez un peu les journalistes des rédactions de Libération et du Monde. Votre personnalité numérique peut vous permettre de construire votre identité, de vous faire un nom, cette fameuse marque (le personal branding des américains), sans avoir à publier sur les sites des journaux existants. Et c’est important en ce moment, c’est PBS qui le dit.

With journalism shifting toward an era of the personal, rather than the institutional, brand, students need to consider how they are going to stand out as the expert in a knowledge-based economy.

Ces considérations m’ont rappelé une journaliste-blogueuse américaine que je lis: Julia Allison. L’été dernier, elle était en couverture de Wired magasine, ce magasine de référence sur les tendances web. La couverture portait sur les tuyaux pour se faire connaître sur le web (How to get internet famous even if you’re nobody). Elle évoquait un concept intéressant l’“entrepreneurial personality-based new-media journalism”. Expression intraduisible que je résumerais par: si tu es journaliste sur le web bouge toi le cul pour monter ton projet perso et le faire connaître.

Ce qui me semble intéressant dans ce qui dit Julia Allison, c’est que les lecteurs/consommateurs de médias préfèrent se fier à des personnalités plus qu’à des grands groupes. D’où le développement de l’interactivité et l’émergence de community manager. (AH). Du coup, si vous vous constituez une marque qui plaît, vos employeurs potentiels auront envie d’apporter votre marque à la leur et donc…de vous employer.

Comment on fait?

Soyez PRESENTS, ayez quelque chose, un blog (tumblr, wordpress, blogger, etc…), et créer un compte sur tous les réseaux sociaux. L’idée c’est d’être là et de dire des choses concernant votre boulot mais avec votre ton et vos idées perso. Faudrait pas que ce soit chiant.

Arrêtez de dire que se vendre c’est pas bien, le fait est que ça marche. Il s’agit juste de ne pas en faire des caisses: être là, dire des trucs, lire beaucoup de trucs. Si vous êtes pas cons, ça se saura très vite.

Pour plus de conseils, la biblio c’est en dessous.

-Lisez donc le dossier Wired How to get internet famous, even if you’re nobody

-Selon Ryan Sholin, directeur des innovations media chez Publish2, il faut être authentique: modeste, honnête, au courant, partout et montrer ce qu’on fait. Five Keys to Authenticity.

-Mindy McAdams aux Etats-Unis, prof de journalisme online, vous donne dix conseils pour bien construire votre marque.

17 comments
  1. Mouais…

    un bon sujet, une bonne plume, ça aide aussi. Optimiser ses ressources multimédias, c’est bien. Lever ses fesses du bureau pour faire un terrain c’est encore mieux… euh…c’est un type qui passe sa journée derrière un écran qui l’affirme … ;-)

    • melissabounoua said:

      Bien d’accord. Je ne dis pas qu’il faut oublier le talent. Faut juste le faire connaître. J’ai des amis qui sont bourrés de talents et qui ne se sont pas (encore) fait remarquer.

  2. Plutôt que de cultiver une marque, je pense que c’est simplement développer la personnalité et la confiance en soi des jeunes journalistes (dont je fais partie) qui est le problème.

    Un journaliste sur le terrain DOIT se faire connaître, développer ses réseaux de contacts, et donc avoir confiance en soi et inspirer confiance aux autres.

    Mon avis est que sur le web, il faut faire la même chose, et c’est sûrement ce que beaucoup qualifient comme du “personal branding” ; alors qu’à mon avis il n’est simplement question que du développement de sa personnalité et de sa visibilité online. Dans ce sens, le journaliste peut être comparé à une marque, mais cela n’a rien de péjoratif dans mon esprit, même si je suis un peu socialo dans l’âme :) Et ça n’est surtout pas exclusif à internet.

    Le danger, ensuite, est de vivre trop sa vie sur le net, ce qui à terme réduit la richesse de son contenu personnel sur son blog : je parle des expériences professionnelles mais aussi associatives, amicales, etc… Bref, il faut avoir quelque chose de solide derrière, sinon la marque s’essouffle vite, et on en revient à la question de l’authenticité et de l’honnêteté.

    Aussi je conseillerais ce lien :
    http://www.digidave.org/2009/03/it-is-not-personal-branding-its-just-living-your-life-online.html

    • melissabounoua said:

      Bien d’accord avec toi. Après c’est une question de mot. Marque est un mot qui fait peur aux journalistes. Disons donc identité (comme je le fais plus haut) , cela se rapproche davantage de ce que tu décris. Je suis bien d’accord avec toi sur l’aspect uniquement online qui peut être dangereux. Merci pour le lien ça apporte aussi pas mal d’éléments.

    • melissabounoua said:

      Dis… ce serait pas du personal branding ce commentaire Steven Jambot?

  3. Florent said:

    Et justement, pour parler de ‘personal’ branding, Misspress c’est mieux que Mélissa Bounoua ?
    Quand il n’y a pas de raison de garder un anonymat strict, est-ce qu’un pseudo est utile ?

  4. Je comprends le concept de “marque”… Mais j’ai une préférence sémantique pour la “personnalité”, le “style”, etc… Le mot même de “marque” sied mal à l’indépendance du journaliste ;-)

    Quant au personal branding, bien qu’élu en valeur absolu de nos jours et à son côté “trendy”, il pose aussi question notamment chez les adolescents. Voir les propos de Dominique Pasquier et les travaux de Eva Illouz :

    http://bit.ly/wwrrM

  5. Antoine said:

    …et je me rappelle alors qu’il faut que je trouve une telle “marque” à mon blog, parce qu’Antoine Doyen – photographe, c’est un peu simpliste.

    J’en avais une au tout début, mais je l’ai trouvée désuète.

    Faut reconnaître qu’avec “MissPress”, tu as fait fort !

  6. mw said:

    Le personal branding c’est du bullshit. Le personal branding est le terme qui cristallise le culte du vide, la notoriété à tout prix, la prostitution d’influence, dont a accouché la blogosphère.

    En exclusivité pour vous, la prochaine tendance, bien plus saine : la discrétion.

  7. very interesting indeed.
    je suis au coeur de ce processus.
    de “personnal whoring”

    avec comme but, de devenir un produit
    qui lave rien, qui coute cher et qui fait marrer…
    en BD.

  8. Genre je peux me ramener à Magic et faire “Hé les mecs, Mlle Eddie in da pléïss, achetez-moi ! Je prends chèques, Paypal et CDD” ?

    J’essaierai un de ces quatre (j’aime faire rire) :-P

  9. @mw
    “Le personal branding est le terme qui cristallise le culte du vide, la notoriété à tout prix, la prostitution d’influence, dont a accouché la blogosphère.”

    La blogosphère et Internet en général donnent la parole à tout le monde et mettent fin au monopole traditionnel sur l’information. Est-ce une régression ou un progrès ? Je ne pense pas qu’on donnera la même réponse.

    Quant au Personal Branding, il s’agit d’une méthode de gestion de carrière qui s’appuie sur la métaphore de la marque comme fil conducteur de la démarche. Associer un individu et une marque fait partie du langage courant. Exemples :

    - Il faut se démarquer
    - Avoir une bonne image de marque
    - Imprimer sa marque dans un projet
    - Marquez les esprits
    - C’est sa marque de fabrique

    Quoi de neuf Docteur ? Et pourquoi tant de haine ? ;-)

  10. assez d’accord avec Olivier Zara .

    je vois mal, dans un monde saturé d’infos et d’influences comment la “Discrétion”
    (noble sentiment, remarquons…)
    pourrait avoir, ne serait-ce qu’une once de résultat.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Follow

Get every new post delivered to your Inbox.

Join 34 other followers