Misspress

Bon, on fait quoi maintenant?

June 30, 2009 · 7 Comments

On arrête de dire, de prononcer le mot forçats. Fini, stop, personne n’en peut plus (et pas seulement Eric Mettout de l’Express.fr). Le mot a perdu son sens véritable. Et ayons un peu de respect pour eux, quand même.

L’article “Les forçats de l’info” signé Xavier Ternisien a été publié dans Le Monde, il y a tout juste un mois. Un mois qu’on discute et surtout qu’on se rencontre (au delà de Twitter j’entends, dans la vraie vie vous savez) pour parler journalisme de demain. Ca en saoûle beaucoup qu’on parle aussi (trop) sur le web, et je les comprends bien. Mais, ce sont les discussions et ces rencontres dans la vraie vie qui me semblent intéressantes et qui m’importent.

Il y a eu le “café des OS” (bien arrosé et très sympathoche) qui a permis aux djeuns de se dire bonjour et de parler de conditions de travail. C’était le jeudi 18 Juin. Il y a eu ce débat que j’ai organisé, très court, le mardi 23 Juin (en plein remaniement du gouvernement), qui a soulevé pas mal de problèmes, notamment sur la formation au journalisme web qui, selon Benoit Raphaël (Le Post.fr), Joël Ronez (Arte.tv) et Johan Hufnagel (Slate.fr) ne dépendrait plus des écoles mais de l’implication des étudiants en journalisme sur internet. A noter: l’université Paul Verlaine de Metz lance cette année une formation aux “rich media” qui porte spécifiquement sur l’information destinée au web.

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Benoît Raphaël, Eric Mettout, Johan Hufnagel, Joël Ronez, Emmanuel Parody, Pierre Haski, Laurent Mauriac et Sophie Dufau //Photo: Aude Baron

(Ecoutez l’intégralité du débat dans le dossier sur les journalistes web signé Eric Chaverou sur le site de France Culture).

Et il y a eu un débat organisé lundi soir par “ça presse” à l’EMI-CFD auquel j’ai assisté et que j’ai liveblogué sur Twitter (grâce à l’aide précieuse de Steven Jambot, à Toulouse, qui tweetait mes SMS old school, puisque je n’avais ni Blackberry, ni Iphone… pas de soussous pour ça -merci à Joseph Melin, photographe, d’avoir immortalisé ma pauvre geekitude à tendance fail).

Maintenant on sait surtout qu’on doit changer, et surtout qu’on doit arrêter de se regarder pourrir. Qu’on se présente plutôt comme des passionnés que comme des f…(j’ai dis que je ne dirai plus ce mot). Tous ces gens qui déplorent des conditions précaires, en parlent maintenant de vive voix: les journalistes web qui sont sous-payés dans certaines rédactions de sites d’infos (on appris qu’un journaliste de 20minutes.fr est payé 1800 euros brut par mois, c’est aussi le cas sur d’autres sites). Mais pas seulement eux, il y aussi les pigistes, les journalistes de PQR, qui assurent des locales entières, seuls, et des stagiaires diplômés qui assurent des postes de journalistes titulaires…

Il ne faut pas parler seulement du web, ce serait réduire la discussion à une seule catégorie de journalistes.

Lors du dernier débat lundi soir à l’EMI-CFD, où Eric Mettout, Xavier Ternisien, et Julien Ménielle, de 20minutes.fr, étaient réunis à la “tribune”, Pierre Haski, rédacteur en chef de Rue89, dans la salle, précisait que “60% des français ne font plus confiance aux journalistes” (sondage La Croix/Logica), Jean-Marie Charon, sociologue des médias, là aussi, soulignait que “les grandes rédactions avec beaucoup de journalistes coûtent très cher” et diminuent donc les effectifs, dans les chaînes télé, à la radio, dans les quotidiens comme sur le web.

Résumons: Statuts parfois précaires, réductions d’effectifs…dans un contexte économique franchement pas simple, pour des médias qui rament parfois à trouver ou à sauver un modèle économique. Pourtant, chaque année, des centaines d’étudiants en journalisme sortent d’écoles avec des étoiles dans les yeux. Pourquoi?

On est des passionnés je vous dis. Si tous les journalistes acceptent à un moment de leur carrière (ou tout du long) d’être précaires, de multiplier les stages ou d’être mal payés, c’est parce qu’ils aiment ça. Alors bougeons nous le cul pour nous faire aimer de nos lecteurs qu’ils retrouvent confiance en nous. Qu’ils aiment venir nous voir et qu’on trouve un moyen de survivre grâce à ça.

Plutôt que de pleurer sur notre sort, ce qui est une étape nécessaire, employons nous à revaloriser, réevaluer et même changer notre métier aux yeux de tous et pas seulement entre nous.

On fait comment? Là tout de suite je n’ai pas toutes les réponses, mais de ce que j’ai entendu ce dernier mois, c’est le bon moment pour essayer des trucs. (En chinois, une collègue me disait que le mot crise signifie aussi opportunité, eh ouais).

1-on est dans une période où le support de publication web nous permet d’adopter des nouvelles formes, de créer des nouveaux contenus. Les sites internet peuvent s’autoriser des tons, des angles, des formes, que le papier, la télé, la radio, ne permettaient pas ou, du moins, auxquels on n’avait pas pensé. Slate.fr, LePost.fr, Rue89, L’Express.fr, ou Mediapart ne produisent pas les mêmes infos, ni sous la même forme. Cette diversité, l’avait-on lorsque les journaux ont commencé à publier sur le web il y a une douzaine d’années? Non. Les sites à l’époque n’était qu’une très pâle copie de la version papier.

2-Les communautés et l’interactivité se développent à tout allure. Nos lecteurs semblent avoir envie de parler, nous autres journalistes et blogueurs aimont beaucoup parler, alors ne nous gênons pas. Cela crée de nouveaux métiers: les animateurs de communauté, le NYT vient d’embaucher quelqu’un qui travaillera plus spécifiquement sur Twitter, Jennifer Preston chargée de sentir les tendances qui gazouillent; mais aussi des chargés d’édition, ou SR 2.0 (expression de Steven Jambot), “journaliste web-animateur”. Eric Mettout argumentait pendant le débat lundi que les journalistes seront plus des “médiateurs” (au sens d’une intéractivité renforcée) entre les experts et les lecteurs. Notre rôle étant plus de passer et d’organiser l’information.

3-Le journalisme de “niche” (un journalisme spécialisé par secteurs) pourrait se développer. Au cours du débat, Rodolphe Helderlé, fondateur du Miroir Social, a évoquer le cas de l’AEF, une agence d’informationS spécialiséeS. L’information spécialisée et les données précises, voilà une valeur ajoutée à laquelle on commence à penser. Frédéric Filloux, qui travaille pour le groupe de médias norvégien Schibsted se demande dans sa Monday Note, si les données (infos précises concernant un secteur, en finance chez Bloomberg par exemple) ne pourraient pas sauver le journalisme.

Ce qu’on fait maintenant? On continue à en discuter de vive voix et par blogs/twitter interposés et on se bouge les fesses (parfois engourdies dans leurs sièges). On tente des trucs, on se casse la gueule, et on en parle, mais on avance.

Ce qu’il faut quand même avoir à l’esprit: Les sites web n’ont pas encore de modèle économique, on ne peut pas l’ignorer. Les modèles fondé sur la pub, la contribution des lecteurs montrent leurs limites et des inconvénients. Un de mes profs disait toujours: “pas de sources, pas de dépêches“. Alors est ce qu’on peut se demander: pas de sous, pas d’informations?  On est des milliers à adorer notre boulot et à espérer que ça ne se passe comme ça, alors on a intérêt à tenter des trucs. NOW.

La discussion est TOUJOURS ouverte. Je suis peut être naïve, mais j’y crois encore, et j’aime bien parler.  Allez on se refera des cafés et des bières, c’est dans les discut’ informelles que tout se passe. On pourrait même en rire. (Alex Hervaud, “journaliste pour un tract”, toujours là pour nous servir)

Categories: Medias en danger · forçats
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7 responses so far ↓

  • Ivan // July 1, 2009 at 10:29 am | Reply

    Good job Mel!!

  • jcdr // July 1, 2009 at 11:28 am | Reply

    Je souscris totalement.

  • mashmedia // July 1, 2009 at 11:54 am | Reply

    En vrac : on réforme la carte de presse, on descelle l’avantage fiscal du journaliste, on prend en compte la notion de medium, plus appropriée, on donne aux Clubs de la Presse la décision d’attribuer la nouvelle carte de medium (qui pourra également être offerte aux pigistes au chômage – les plus nombreux – devenus blogueurs par dépit), on crée le statut d’auto-journaliste, on crée une bourse de la pige grâce à laquelle tous les medias pourront alimenter leurs canards, on crée une CIG (Contribution à l’Information Généralisée) ou une CHG (Contribution à l’Hypertextualisation Généralisée), on crée un barème attractif de l’investigation, de la reprise et du plagiat (BIRP), on réforme la comptabilité des medias (en créant une dotation aux amortissements humains) et on se remet tous à réécrire sereinement… ;-)

  • Robert Koch // July 1, 2009 at 12:01 pm | Reply

    “livebloguer”, “twittage”, “web”, “now”: mais qu’est-ce que c’est que ce sabir, cet novlangue qu’on assène au nom d’une modernité mal assumée? Dois-je rappeler ici que la langue est le principal outil de travail du journaliste et que la corrompre avec des termes, pour lesquels des équivalents français existent, ne me semble pas de nature à rassénérer sur l’avenir de la profession. Qui a dit que parler la “langue du maître”, c’était déjà avoir perdu la guerre? Well said, or?

  • Nat59 // July 1, 2009 at 1:58 pm | Reply

    Encore faudrait-il prouver que les termes français correspondants existent… Pour “livebloguer”, oui bien sûr : bloguer en direct. Pour le twitt-vocabulaire, j’en doute… Je ne me verrais pas dire à quelqu’un : “Super ton info, je vais la gazouiller” !

    On peut tout à fait admettre qu’un nouveau vocabulaire est en train de naître, avec des mots nouveaux, qui ne sont ni de l’anglais, ni du français. Est-ce vraiment grave ?

  • pas gagné // July 19, 2009 at 10:24 am | Reply

    Article fort intéressant pour une personne comme moi, qui édite des sites internet et qui en vit, sans avoir ce sacro-saint statut de journaliste.

    Fort intéressant parce que c’est un des premiers à parler de changement.

    Jusqu’alors (et l’on retrouve cette odeur très prononcée dans les commentaires ci-dessus), on assistait plutôt à un repli de la profession sur elle-même, jetant son fiel sur l’immonde internet, manipulant (pour certains) l’information pour jeter le doute sur le média web…

    On assistait à une sorte de mépris effréné, capable de pousser certains journalistes (et pas des moindres) à renier leurs propres principes d’intégrité, à salir la crédibilité de leur métier, à freiner des quatre fers devant l’inéluctable évolution du monde au travers de ses progrès technologiques.

    On voyait se jeter les bases d’un auto-protectionnisme basé sur des lobbys pour obtenir des protections subventionnés qui sentent le remède pour l’accompagnement en fin de vie… lobbys pourtant tellement dénoncés par la profession lorsqu’ils “s’appliquent” aux autres…

    Bref, c’est tout ceci qui a engendré la défiance et la chute vertigineuse de la confiance que peuvent avoir “les gens” en les journalistes et leurs supports entachés de copinage, maculés des scories d’un piétinement de principes lorsqu’il s’agit d’auto-défendre « le pauvre journaliste ».

    Ces étapes, fort peu flatteuses pour la profession qu’on aurait cru incapable d’être engoncée dans un corporatisme nauséabond, étaient nécessaires. On pensait qu’elle était au-dessus du lot, mais non. Le journaliste est un homme, une femme, comme les autres : paradoxal, égoïste, faillible.

    Fort intéressant, disais-je, car au travers de cet article apparaît l’ébauche de la remise en question.

    Enfin, et il était temps, semble poindre l’embryon d’une volonté d’étudier le problème, plutôt que de cracher aux pieds de celui (internet) qui annonce depuis bien longtemps une nouvelle ère.

    Je me demandais sincèrement si enfin cela allait arriver, et surtout quand.

    Je me demande maintenant si ce mouvement va continuer, et quelles forces obscures se chargeront de le ralentir par peur de voir changer des modèles bien confortables, établis il y a plus d’un siècle.

    En attendant la fin de ce combat et le début d’une solution pour la presse, une chose est sûre, c’est que le monde continue à évoluer par le biais d’internet.

    Bravo donc pour cette démarche, et pour cette question fort bien choisie : “Bon, on fait quoi maintenant ?”

    Mais qui suis-je donc pour oser parler ainsi ?
    Je ne suis pas journaliste, mais je publie de l’info. En ce sens, je suis l’un de ceux que vous devez probablement haïr.

    En même temps je suis de ceux qui ont simplement utilisé un outil à leur disposition par ce qu’il y avait une place à prendre. Et à ce titre, je suis l’un des révélateurs de l’immobilisme de la presse qui n’a pas compris assez vite qu’en tant que média, ce canal de diffusion qu’est le web devait être apprivoisé car il contenait l’ADN même de la profession journalistique.

    Ce n’est pas une critique, c’est un constat. Car j’aurais aimé avoir foi en la profession de journaliste. Ce n’est, pour le moment en tout cas, plus le cas.

    Le journaliste n’a, à mon sens, pas le droit de rester immobile. En s’arrêtant ainsi, croyant pouvoir lutter contre le raz-de-marée numérique, il s’est lui-même placé dans la situation de crise où l’on le retrouve aujourd’hui. Certains pointent du doigt ceux qui ont pris la vague tels que moi, et tentent de les rendre responsables de leur situation.

    Un exemple, l’un des commentateurs de cet article se hérisse (oui oui, se hérisse, dans un style très san-antonien) de l’évolution d’une langue. Se rappelle-t-il seulement qu’il fut un temps ou l’on parlait le « vieu françois » ?

    Caractéristique à mon sens de cette vision à œillères qu’adopte une partie de vieux chnoques engoncés dans leurs habitudes, mais à la tête de rédactions de grande influence.

    Facile de critiquer me direz-vous. « qu’aurait-il fallu faire hein, jeune blanc-bec ? » pourriez-vous m’apostropher… et bien simplement ouvrir les yeux, questionner ceux « qui font » le web aujourd’hui, qui connaissent en substance son fonctionnement, ses avantages, ses inconvénients, sa monétisation, ses passages secrets.

    Au lieu de cela, comme je viens de longuement en témoigner, « vous » avez globalement donné l’impression de refuser l’évolution, d’en avoir peur, et “vous” en payez donc le prix.

    Si vous voulez un bon conseil, et comme vous ne semblez écouter l’avis que de ceux de votre corporatisme, suivez un gars comme Fabrice Epelboin, il vous montrera qu’on peut encore, aujourd’hui, redonner une crédibilité au métier de journaliste, voir même profiter de cet extraordinaire espace de liberté d’expression qu’est internet pour changer ce qui fait à priori défaut à la profession : son indépendance et sa liberté.

    Et si je ne signe pas ce commentaire de mon nom, c’est simplement pour ne pas permettre à certains (dont une partie des personnes ayant laissé un commentaire immobiliste, mais aussi l’immense majorité silencieuse mais non moins vengeresse), de jeter la rage qui les anime sur moi.

    Le problème de la profession doit se régler en famille. Bonne chance.

  • ça presse ! » Blog Archive » Débat ça presse ! : Les journalistes Web, forçats de l’info ? // July 29, 2009 at 1:01 pm | Reply

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