Est ce que je suis un(e) forçat de l’info?


Il est 2h38 du matin. Ordi ouvert. Gmail, Twitter, Facebook, Tumblr, Friendfeed, Le Monde, et Le NYT…(et le blog de Margaux motin, hum!)

Suis je une forçat de l’information comme ceux que décrit Xavier Ternisien dans un article paru sur LeMonde.fr? Ce journaliste media a interviewé une partie des journalistes et rédacs’ chef des sites d’info français et analyse la nouvelle génération de journalistes online: des forçats ultra connectés.

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Je vous laisse apprécier le choix de la pub associée à l'article

On leur a déjà trouvé un surnom : “Les OS de l’info.” C’est Bernard Poulet qui a lancé la formule dans son livre choc paru en janvier, La Fin des journaux et l’avenir de l’information (Gallimard). On dit aussi “les journalistes “low cost”“, ou encore “les Pakistanais du Web”. “Ils sont alignés devant leurs écrans comme des poulets en batterie”, constate, effaré, un journaliste de L’Express, en évoquant ses confrères du site Web Lexpress.fr.

Internet a accouché d’une nouvelle race de journalistes. Moyenne d’âge : 30 ans. Le teint blafard des geeks, ces passionnés d’ordinateur qui passent leur temps devant l’écran. Ils ont suivi le parcours obligé : stage, contrat de professionnalisation, contrats à durée déterminée (CDD), avant d’espérer un hypothétique contrat à durée indéterminée (CDI). Ils enchaînent les journées de douze heures, les permanences le week-end ou la nuit.

Testons donc l’efficacité de la définition de Mister Ternisien? Moi: pas encore 30 ans mais… teint blafard (ouais), stage (ouais), douze heures (ouais), permanence week end, la nuit (ouais). Est ce que j’en suis alors? Hum comment dire… Eric Mettout et Arnaud Aubron ont beau critiquer cet article en forme de caricature, avouez que vous aussi vous avez des têtes de poux!! (6 jours sur 7 au moins). L’article a le mérite de souligner des conditions précaires dues au manque de considération du journalisme web (stages, CDD, etc..)

Cela dit, la vérité s’arrête là. C’est pas le physique qui compte, c’est ce qu’il y a à l’intérieur… comme dirait l’autre.

Ce ne sont pas les jeunes journalistes web qui sont fatigués, mais la place des sites web d’info français qui va mal. La société des éditeurs du monde interactif a bien raison de répondre à l’article en soulignant des conditions de travail moins favorables sur la version online du quotidien. Il se trouve que nous avons une apprentie de Sciences Po qui bâtonne sa dose de dépêche au Monde.fr à l’heure où je vous parle donc c’est véridique. (Update:  L’apprentie concernée se sent très bien au Monde.fr et ne travaille “qu’avec de l’image” (ce sont ses propos), on m’avait mal informée je m’en excuse!)

Il existe donc une forte précarité, qui nous préoccupe. Autre constat problématique : les salaires sont, à ancienneté égale, inférieurs à ceux qui ont cours au Monde.

Que les sites d’info n’aient pas encore trouvé leur modèle économique, et donc que l’argument de la rentabilité serve de prétexte au manque d’investissements, ok…. mais ne devrait-on pas chercher à investir au lieu de mépriser ses geeks aux yeux défoncés qui font tourner les sites des plus grands quotidiens? Internet est clairement l’avenir. (NA!). Il faudrait juste que dans les rédactions, les anciens journaleux du papier commencent à y croire car c’est précisément ce mépris qui rend les jeunes journalistes blafards!

Au Monde par exemple, LE grand journal français, le mépris, ce n’est pas seulement entre LeMonde et LeMonde.fr mais aussi entre LeMonde.fr et Le Post.fr Les nouveaux contenus online (qui marchent) semblent faire peur. Je ne veux pas que tout soit tout beau tout rose, mais quand les deux générations de journalistes arrêteront de se cracher dessus et penseront innovation, futur et nouvelle formes d’info tous ensemble, on se marrera plus.

Tout comme les sites web ne sont pas le Tiers état de l’information, les jeunes journalistes ne sont pas des esclaves.

Car les djeuns, non seulement ils se couchent tard, mais en plus ils pensent didon. La solution pourrait donc venir de ces forçats de l’info, hein? Comme Sylvain Lapoix, un journaliste de Marianne2.fr qui vient de lancer une très chouette association au nom imprononçable: Djiin, l’association pour le développement du journalisme, de l’information et de l’innovation numérique. Une association qui fera sûrement autre chose que se poser la question rebattue (mais pas tranchée) du journalisme citoyen (blog vs. journaux) et de la viabilité des modèles économiques (pas grand chose à ce jour). Le projet?

Créer un groupe, une association ou un collectif pour réfléchir au web d’information, promouvoir ses spécificités et défendre ceux qui le font…Cela avait intéressé pas mal d’entre eux, dont certains passent énormément de temps sur Facebook, Twitter et GTalk…

Parce que le Web a besoin d’être pensé plus que méprisé. L’article de Xavier Ternisien a beau dresser des traits communs à certains, il ne se contente que de les descendre. Si on a envie de bosser plus, c’est notre problème non? Bâtonner de la dépêche ce n’est pas le boulot que nous voulons faire, c’est juste que les rédactions ne donnent pas assez de moyens au web… Rester à son bureau et écrire 5 articles par jour, ça revient moins cher, c’est un fait. Mais aucun de nous n’aime ça. Me trompe-je? Moi, mon truc c’est plutôt le multimédia vous l’aurez compris.

Non, les jeunes journalistes ont davantage envie de penser des formes nouvelles. Il n’y a qu’à voir ce super webdocu de l’Ecole de journalisme de Lille.  Update: Et Cécile me dit à l’oreille que Sciences Po aussi on en a fait (Lemonde abonné sorry) des jolies choses, c’était les élèves de la promo de l’année dernière.

C’est un moment critique certes, mais on a davantage besoin d’investir dans la recherche de nouveaux modes de transmission. Le jour où un frenchie pense quelque chose de semblable au département recherche du New York Times je lui fais des bisous, et ne me parlez pas du medialab de Sciences Po car le projet  me semble bien trop centré sur les sciences humaines… et pas sur les nouvelles formes de journalisme (je ne crois pas avoir vu le nom d’un journaliste dans le descriptif du projet, vous me direz c’est peut être une bonne chose!).

Même au monde.fr ils le disent qu’il faut innover, même que c’est juste à côté des chers propos de @xternisien:

Au-delà de ces précisions factuelles, la Société des rédacteurs du Monde Interactif entend souligner que le journalisme en ligne a une spécificité reconnue et qui gagne à l’être davantage. Cette mutation du métier appelle l’ensemble de la profession à réfléchir sur son avenir, sans “regards méprisants ou apitoyés” ni “consolation”.

Alors (jeunes) journalistes de tous les sites web, unissez-vous???

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17 comments
  1. Nicolas said:

    En effet, au-delà de la colère sur les mots et la citation retenue, la vraie question est bien celle du mépris média classique / son pendant web, et donc… de la méprise. Il aurait fallu interroger Rue89, MediaPart et d’autres pure players du web.

    Pour avoir rencontré quelques uns des passionnés (et par ailleurs professionnels, avec un employeur et tout) du journalisme sur le web, l’hyperconnexion, la passion, le temps passé, tout cela est réel. De là à comparer les rédactions web aux ateliers de Karachi…

    Merci, bravo, et bonne continuation !

  2. Mélissa, quelque chose que tu n’abordes pas dans ton papier – et Ternisien encore moins: son article est un papier de happy-few, qui a dû faire bien rigoler les vrais OS de l’info (qui eux mêmes n’ont pas grand chose à voir avec les vrais OS tout courts), dans certaines radios, dans la PQR, dans certaines chaînes de télévision… C’est cette aveuglement de nanti, dont souffre le journalisme depuis des années en France, qui est franchement gonflant, et qui m’a vraiment gonflé. Par ailleurs, toi qui surgit à peine de tes études, tu dois encore te souvenir qu’on ne part pas dans une enquête en en ayant déjà la conclusion: précisément ce qu’a fait Ternisien. “Les poulets en batterie” ont quelques trucs à lui apprendre…
    @ Nicolas: pourquoi les pure players seraient-ils plus aptes à répondre à ce type de questions que les sites d’info? Ca aussi, c’est… de la méprise. Ca fait 14 ans que LEXPRESS.fr fait de l’info en ligne, 15 pour l’Obs ou le Monde, on a largement de quoi dire sur le sujet.

    • melissabounoua said:

      J’espère que les nantis ouvriront les yeux un jour. C’est pour ça que Sylvain Lapoix a bien raison de créer une association. Car l’info en ligne a encore de gros progrès à faire, le débat doit donc continuer avec tout le monde, dont les gens qui bossent pour des pure players, ils ont aussi beaucoup de choses à apporter.

  3. FmR said:

    Ce n’est pas nouveau le journalisme à deux vitesses, il a toujours existé dans les canards papier qui exploitaient des jeunes en CDD à répétition pour remplacer les titulaires pendant leurs vacances, sans parler des stagiaires corvéables à merci. Le web n’a pas le monopole de la précarité malheureusement même si l’absence de statut clair encourage les dérives .

    • melissabounoua said:

      Bien d’accord. Je pourrais vous donner des exemples dans pas mal de rédactions et de grandes entreprise (parce qu’il n’y a pas que les journalistes dans la vie heureusement) qui ne pourraient pas fonctionner sans les stagiaires et les contrats précaires…

  4. Nicolas said:

    @Eric Les pure players du web ne sont pas les gardiens d’une parole sacrée, j’en suis convaincu. Seulement eux auraient certainement apporté un discours globalement plus enthousiaste (j’espère) et sans ce gouffre d’incompréhension print/web, avec le choc des cultures et des croyances que ça implique.
    Cela aurait pu changer en partie la tonalité du papier de Ternisien. Mais peut-être me trompé-je.

  5. Johan Hufnagel said:

    Allez, je commente ici! Pas chez Eric, j’ai mes habitudes ici. ;-)

    Pas grand chose à ajouter à ce qui a été dit ici ou là. Juste un ou deux trucs.

    Arrêtons de nous regarder le nombril, surtout avec des titres pareils: «Forçats de l’info». Je veux bien que beaucoup — en dehors des titres cités dans le papier de XT — de rédactions web soient remplis de précaires, cdd, stagiaires, mal payés, etc. Ce n’est pas le cas partout, et probablement pas en majorité parmi les sites des titres cités. Utilisons la valeur des mots avec finesse. Les forçats: j’aimerais bien qu’on aille demander à la caissière de l’hyper du coin aux horaires décalés, à la femme de ménage qui doit cumuler deux jobs le soir et le matin, à l’aide soignante qui travaille la nuit pour un smic, etc. ce qu’elle pense du mot de forçat. Juste pour rire!!

    Je me demande aussi dans quelles conditions travaillent les journalistes de perm’ à France Info, LCI, etc…

    @Nicolas. J’ai été interrogé par XT pour parler d’une expérience précédente à celle de Slate.fr, expérience qui a été formidable et très «pure player» dans l’esprit. Avec des journalistes jeunes et moins jeunes, hyper motivés et hyper qualifiés, certains travaillant aussi pour le papier. Un esprit d’équipe et une intelligence qui sont des valeurs pas forcément partagées ailleurs, y compris dans la presse papier. Mes propos cités dans l’article ne reflètent pas exactement ce que je voulais dire, notamment sur l’enthousiasme de ces journalistes du web — mais pas que — à être en permanence en éveil et curieux d’utiliser le Net. Connectés en permanence, comme les journalistes du papier ne s’arrêtent pas d’être journalistes en quittant leur bureau.

    Y aurait plein de choses à ajouter en fait, mais je dois retourner au boulot, désolé ;-)

  6. unouveaucompte said:

    intéressant. mais les lecteurs papier du monde pour la plupart vont s’y arrêter
    comment les toucher?

  7. Pierre said:

    @Misspress : les geeks (de l’info) seront méprisés tant que personne ne saura ce dont ils sont capables…

  8. Ce qu’il faut remarquer c’est aussi d’où viennent les réactions à ce papier. Globalement elle viennent de personne ultra-connectée, ayant un blog ou un flux twitter très actif, étant red’chef ou parfois en charge d’un blog de geek dans une rédac’web. Ce sont précisément des gens qui ne sont pas des “forçats” puisqu’ils ont maîtrisé l’outil web alors que le forçat n’a aucune prise sur son travail.
    Par contre, n’en déplaise à ceux qui vilipendent Xavier Ternisien, des gens qui doivent bâtonner de la dépêche, piquer les infos des autres sans le dire, choper des photos “libres de droit” sur FlickR et faire de l’info sans sortir ou passer de coup de fil, ça existe. Même dans les rédacs de certains qui ont gueulé, il suffit de regarder la home du Fig.fr pour s’en convaincre.
    Plutôt que de généraliser un constat qui date un peu (ce qui était vrai il y a un an l’est moins aujourd’hui) il aurait mieux fait de préciser qu’elles sont les vraies boîtes à web qui emploient des journalistes comme des copistes spécialisés. Parce qu’on parle ici bcp des sites de “grands médias”, mais on oublie les prestataires ou sites du genre football.fr , boursier.com, sports24.com, automachin, etc… Et ne venez pas me dire que ces gens ne sont pas journalistes sinon il faudra me prouver pourquoi vous vous l’êtes.

  9. Kiwi said:

    “Tous comme les sites web ne sont pas le Tiers état de l’information, les jeunes journalistes ne sont pas des esclaves.”

    –>”Tout comme”

  10. Kiwi said:

    en français, ce serait mieux !

    “Tous comme les sites web ne sont pas le Tiers état de l’information, les jeunes journalistes ne sont pas des esclaves.”

    il faut mettre “touT comme”

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