Profession stagiaire (épisode 5): La fin des stagiaires?

Après m’être interrogée pendant une semaine sur ce blog sur le recrutement massif des stagiaires pour palier les besoins de personnel, il semblerait que l’on m’ait entendue. Oui, certaines rédactions suppriment les stages, purement et simplement. Sauf qu’ il semblerait surtout que ces rédactions, dont Eurosport (Groupe TF1), aient dit à leurs futurs stagiaires… d’aller se trouver un stage ailleurs…pour “des raisons économiques”. (Source de première main, pas d’un stagiaire déprimé qui voudrait se venger).
Même chose aux services communication et sport de Canal +. Les stagiaires n’y seraient plus non plus les bienvenus, selon un ancien stagiaire de la rédaction qui souhaitait refaire un stage cette année.
Alors posons les cartes (billets?) sur la table: les stagiaires sont indemnisés à hauteur de 398 euros et quelques centimes par mois. Et encore ça, c’est quand ils ont de la chance! Beaucoup de rédactions embauchent leurs stagiaires moins de trois mois pour ne pas avoir à payer d’indemnités. INDEMNITÉS, pas REMUNÉRATION, comprenez moi bien: à peine de quoi vous payer un déjeuner et votre carte orange.
Les stagiaires sont-ils vraiment ceux qui coûtent le plus cher? Je ne pense pas. Dans les rédactions de “grandes” chaînes télés, les présentateurs hésitent souvent à communiquer leurs salaires, j’irais donc plutôt chercher de ce côté là.
Pourtant, vendredi dernier Nicolas Sarkozy, – et quatre ministres, rien que ça: Valérie Pécresse (Enseignement supérieur), Martin Hirsch (haut commissaire à la jeunesse), Eric Woerth (Budget) et André Santini (fonction publique)- avaient annoncé plusieurs mesures importantes concernant les stages :
-tout stage de plus de deux mois sera rémunéré par une gratification d’au moins 30 % du SMIC ; (obligation d’indemniser les stagiaires au delà de deux mois, au lieu des 3 mois actuels. Conséquence attendue: je pense que les stages d’un mois vont se multiplier, il y aura toujours assez de stagiaires!)
-cette règle sera appliquée dans la Fonction publique
-l’Etat versera une aide exceptionnelle de 3 000 euros à l’embauche en contrat à durée indéterminée des jeunes stagiaires. Cette aide sera ouverte si le jeune était en stage avant le 1er mai 2009 et si l’embauche est réalisée avant la fin septembre 2009. L’aide sera versée en deux fois : 1 500 euros au moment de l’embauche et 1 500 euros au bout de six mois. (Vous avez jusqu’au 1er Mai pour vous trouver un stage et suggérer à votre maître de stage que ce serait un bon plan de vous embaucher pour lui ensuite!)
- pour les stages de moins de deux mois, l’étudiant bénéficiera, contrairement à aujourd’hui, au moins d’un défraiement et de facilités telles que l’accès aux restaurants administratifs (Wouhou la cantine et quelques centimes obligatoires pour payer nos tickets de métro, ça va nous sortir de la pauvreté tout ça)
- pour les stages de plus de deux mois consistant pour l’essentiel à observer le fonctionnement d’un service, réaliser des comptes-rendus de réunion ou des travaux ponctuels dans une optique de découverte des diverses facettes de l’activité du service d’accueil, l’étudiant recevra une gratification égale à environ 30 % du SMIC. Les administrations auront la possibilité de rémunérer au-delà de ce montant, lorsqu’elles considèrent que le niveau de qualification et la nature des activités le justifient (Le feront-elles un jour?). Elles pourront alors verser une rémunération supérieure, y compris au-delà du SMIC. (Je veux savoir quelle entreprise le fera! Des noms!)
(Source: Extraits du communiqué de presse officiel, Mesures pour l’emploi des jeunes stagiaires, le 27 Avril 2009)
Donc si je résume pour vous chères entreprises: c’est plus facile de recruter des stagiaires; vous aurez de l’argent de l’Etat si vous donnez un vrai job à l’un d’entre eux avant Septembre; et le minimum d’indemnités est désormais obligatoire au delà de deux mois. Mais ça se n’est pas grave un mois, ça suffit bien assez!
Eh bien non cela ne suffit pas! Pour faire “des économies”, certains ont carrément supprimé les stagiaires comme chez Canal+, Eurosport et même Gala (Prisma Presse), me dit-on. Si on n’a même plus les moyens d’embaucher des stagiaires dans les rédactions, l’information va trembler. Je me demande comment se porte Laurence Ferrari de son côté?

Je ne comprends toujours pas où tu veux en venir. Quand une rédaction doit faire des économies, c’est plus facile de couper dans les pigistes et les stagiaires, puisqu’ils n’ont pas de contrat et ne coûtent donc rien à licencier. La réalité est là, on peut s’en offusquer, mais c’est une décision économique logique. Par ailleurs, tu critiquais aussi les rédactions qui au contraire ne gardent que des stagiaires (20 ans). Si tu dois économiser 2000 euros par mois, comment fais-tu ? Tu continues à dire que ces 2000 euros n’existent pas, ne devraient pas exister ?
Oui c’est nul, les jeunes diplômés continuent des stages pendant un an, oui c’est malheureux, les entreprises suppriment les stages. Je suis comme toi, je cherche un travail, je veux pas faire de stage, c’est pas facile. Mais il se trouve que les rédactions ont moins d’argent.
Alors que fait-on ? Dénoncer à longueur de blog, ou proposer des solutions ? C’est quoi l’idée de génie ?
Très cher Ivan,
Pour TF1 ET Canal je doute que supprimer les stagiaires fasse faire les plus grandes économies à des chaînes d’une telle importance. Ce sont des indemnités les stages, même pas une rémunération.
Pour 20 ans, on ne monte pas un journal sans avoir les moyens de payer son personnel. Si c’est un projet qu’on lance et qu’on choisit de ne pas se payer ok, mais engager des gens en stage pour remplacer un poste, encore une fois, c’est interdit par la loi. T’es pas d’accord avec l’Etat français peut être?
Ce n’est pas l’argent des indemnités de stage que l’on récupère en supprimant les stages. Ce sont les activités couvertes par les stages qui sont redistribuées aux salariés en poste et qui font que ces salariés font plus de choses pour “justifier” leur salaire. C’est le type d’accord qui sort des négos entre patronat et syndicats.
Pour ce qui est des pratiques interdites par la loi, il y en a de nombreuses en entreprises et pas que dans le journalisme.