Misspress

Scarlett + Pénélope= Woody dans tous ces états

May 21, 2008 · Leave a Comment

Et puis le Festival de Cannes, c’est aussi beaucoup de films à voir. Vendredi soir, J’ai eu l’honneur de voir en exclusivité mondiale Vicky Cristina Barcelona, le film de Woody Allen, avant la diffusion et la montée des marches de l’équipe du film: voici ma critique publiée sur Yes We cannes.

« Elle oubliait l’Amérique puritaine et matérialiste qu’elle supportait de moins en moins ». A l’image de ses personnages en quête de nouveaux horizons, Woody Allen s’éloigne un peu plus des Etats-Unis dans son nouveau film, Vicky Cristina Barcelona. De New York à Londres et de Londres à Barcelone, la façon de filmer du réalisateur évolue ainsi que ses thèmes de prédilection. Au cœur de ce film : l’amour qui obsède tous les personnages. Après Annie Hall, Manhattan, et plus récemment Match Point, Woody Allen explore de nouveau les relations entre hommes et femmes. Et son ironie introduit de l’humour dans une histoire sur la sensualité et les triangles amoureux.

La bande annonce de Vicky Cristina Barcelona

Le titre ternaire de Vicky Cristina Barcelona pose le décor, tout tourne autour du chiffre trois entre les acteurs du film. Vicky (Rebecca Hall), est une doctorante américaine qui finit une thèse sur la littérature catalane. Avec Cristina (Scarlett Johansson), sa meilleure amie, elle partent le temps d’un été à Barcelone. Elles rencontrent un soir à Barcelone, Juan Antonio (Javier Bardem), un peintre espagnol séducteur et charismatique, qui séduit toutes les femmes qui l’entourent. Elena Maria (Penelope Cruz), son ex-femme, est une artiste passionnée et dépressive, qui ne peut se séparer de son mari. Pour construire l’intrigue, Woody Allen grossit le trait et privilégie les clichés du romantisme. Car Cristina et Vicky, ne partagent pas la même conception de l’amour et ce qui va créer la tension du film: Vicky est réflechie et fiancée à un fils de bonne famille américain, Cristina se cherche et préfère les relations torturées.

undefinedToutes les deux s’imprègnent de cette passion pour trois mois à Barcelone, comme “une belle passade”. Car Vicky et Cristina, les deux touristes américaines sont toujours de passage et restent des étrangères. « Please speak in english» c’est ce que répète Juan Antonio lorsqu’il se lance dans des disputes enflammées avec Elena Maria. Mais l’espagnol l’emporte, comme si l’Espagne, avec cette culture exotique, magnifique, était plus puissante qu’une Amérique représentée par des personnages secondaires auto-centrés et faibles.

En soulignant le décalage entre l’Amérique du fiancé insipide de Vicky (pendant tout le film, il ne parle que de golfe et de son entreprise), Woody Allen amplifie la beauté et la finesse de l’Espagne, parfois jusqu’aux clichés : les deux personnages espagnols, des artistes torturés, s’entretuent et s’auto-détruisent, tellement leur relation est passionnelle. Barcelone, permet à Woody Allen de développer la sensualité qui affleurait déjà dans Match Point et de l’amplifier. Le décor est propice au romantisme, au flirt et aux jeux entre amants. Il filme ici l’érotisme de façon crue, davantage que dans les scènes suggestives de ces anciens films : le baiser entre Pénélope Cruz et Scarlett Johansson dans une chambre noire crée une tension érotique et les rapports sexuels sont filmés en plans rapprochés sans sous-entendus.

Cette passion destructrice qui affleure à chaque scène, le décor espagnol, l’actrice (Pénélope Cruz), rappelle le cinéma de Pedro Almodovar. Mais l’homme garde la place centrale que le réalisateur espagnol aurait donnée à une femme : Juan Antonio est en effet le déclencheur de tous les bouleversements des personnages féminins. L’autre homme du film est invisible, comme omniscient: une voix off construit l’intrigue et confie aux spectateurs les sentiments des différents personnages et insinue l’ironie propre aux films de Woody Allen.

Avec des dialogues enlevés et un montage esthétiquement soigné, le réalisateur de Tout le monde dit I love you, saisit le spectateur dès la première scène. Des sculptures de Gaudi et de Mirio, à la façon érotique de magnifier Pénelope Cruz et Scarlett Johansson, la sensualité érotique transcende les rapports humains tant la passion est sensible et prenante.

Par Melissa Bounoua

Categories: Cannes · Perso

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