Misspress

Interview de François Durpaire, co-auteur de l’Amérique de Barack Obama

May 18, 2008 · Leave a Comment

 «  Barack Obama est un ovni en politique américaine »

 Alors que les primaires se terminent le 3 Juin aux Etats-unis et à trois mois de la conférence de Denver qui investira officiellement le candidat du parti Démocrate, François Durpaire, historien et co-auteur de L’Amérique de Barack Obama,  nous explique la stratégie et l’engouement autour du sénateur de l’Illinois.

 Barack Obama est actuellement crédité de 1871 délégués contre 1698 pour Hillary Clinton, peut-il encore perdre d’ici à la fin des primaires?

Hillary Clinton vient de gagner la Virginie Occidentale sans trop de surprise mais aujourd’hui il reste cinq primaires pour départager les deux candidats démocrates. Pour être le candidat démocrate il faut 2025 délégués. Barack Obama a une avance certaine. Mais s’il y a du suspense pour l’investiture,  il n’y a jamais eu de surprise. Là où Obama était en position favorable, il n’y a pas eu de retournement des votes. Aujourd’hui c’est mathématique, il est en position d’être investi. Il lui manque très peu de délegués, s’il remporte l’Oregon, il pourrait se déclarer candidat dès le soir du 20 Mai. Il faut maintenant savoir si Hillary Clinton est prête à quitter la course.

 Dans votre livre L’Amérique de Barack Obama, vous parlez d’un nouveau style politique, est ce que c’est ce qui a permis à Barack Obama de se détacher ces dernières semaines?

Barack Obama est un ovni en politique américaine. Son père est musulman alors que les Etats-Unis sont en guerre contre le terrorisme dans le Moyen Orient, et, dans le même temps, il est capable de dire « We can believe the American dream » et activer le patriotisme américain. Et, sa méthodologie politique est originale : il cherche toujours à trouver le plus petit dénominateur commun pour rassembler les démocrates et les républicains. Il crée un rassemblement législatif en faisant voter des lois bi-partisanes au Congrès. Sur ce point, il se réfère à la politique des Fifty states d’Howard Dean (le président du parti démocrate, ndlr), qui veut effacer la différence entre une Amérique rouge (les Etats votant pour le Parti Républicain) et une Amérique bleue (démocrate). La mixité de Barack Obama pourrait être le trait d’union entre ces deux amériques.

Est-ce que cet enthousiasme pour la candidature de Barack Obama peut être qualifiée d’ « Obamania » ou est ce un phénomène médiatique ?

L’engouement est réel. Plus d’un million de nouveaux électeurs se sont inscrits sur les listes démocrates. Pour les caucus, deux fois moins de républicains se sont déplacés.  Barack Obama a su toucher le plus grand nombre: les 300 millions de dollars qu’il a réuni pour sa campagne ne viennent pas des lobbys mais uniquement des petits donateurs. Les gens sont passionnés par l’homme et son discours : on le trouve élégant, ses deux livres sont des best-sellers, il fait la couverture des magazine avec sa femme et son style vestimentaire a été copiés. La population noire sait qu’il est crédible de voir un président noir à la Maison Blanche. La semaine dernière le magazine Africo-américains Ebony titrait « Are we really witnessing the election of the nation’s first black president ? » (Assistons nous à l’élection du premier président noir des Etats-Unis ?).

 Après la polémique du pasteur Jeremiah Wright peut on encore dire qu’il bénéficie du vote  de la population noire ? Peut on vraiment dire qu’il y a un électorat favorable à Obama ?

Non il n’y a pas un électorat car les Etats-Unis sont un Etat continent (300 millions d’habitants) donc les analyses et les sondages ne peuvent pas être généralisées. Il faut relativiser le poids des identités : on ne vote pas parce qu’on est une femme, un homme ou que l’on est d’origine africaine. Dans ce cas, biensûr, le facteur racial a son importance car c’est le début du changement démographique : d’ici 2050 l’Amérique blanche ne sera plus majoritaire. Mais Barack Obama a besoin du vote des noirs et des blancs. On ne peut pas seulement penser en terme de catégories de populations. L’analyse du vote passe donc plutôt par la compréhension du suffrage. Le suffrage pour la désignation du candidat démocrate se fait à la proportionnelle mais s’il s’agissait d’un scrutin majoritaire Hillary Clinton serait investie par les démocrates car elle a remporté les plus grands états.

 Maintenant qu’Obama commence à entrer dans la campagne nationale, ses opposants sont  plus critique, notamment son manque d’expérience, est ce qu’il peut donc gagner contre un John Mc Cain qui a plus d’ancienneté ?

Le 3 Juin les primaires sont finies. Or Barack Obama a démontré qu’il a gérer su gérer cette campagne : le budget, le discours sur le changement.  Il a reçu des soutiens de poids et surtout celui de John Edward. Hillary Clinton a peut être plus d’expérience et elle a construit sa campagne autour de cet argument. Mais elle a laissé le thème du changement à son adversaire. Or, Barack Obama a su s’entourer de spécialistes très haut placés qui connaissent le fonctionnement de la Maison Blanche. Il peut donc combler  son manque d’expérience. D’autant plus que les Américains n’hésiteront pas à voter pour un candidat jeune politiquement. En 1960, ils avaient élu John Kennedy alors qu’il avait trois ans de moins que Barack Obama. Après huit ans de présidence Bush et de batailles idéologiques, les Américains veulent des hommes politiques qui annoncent une rupture. Ils ont besoin qu’on leur parle de changement et le parcours de Barack Obama est encore vierge de politique politicienne. Il ne faut pas penser à la défaite de John Kerry en 2004, Barack Obama peut encore perdre, l’élection est dans quelques mois mais, pour l’instant, il est favori.

 Propos recueillis par Mélissa Bounoua

 

 

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