C’est le numéro 6Megalopolis, c’est le résultat d’une idée qu’on a eu dans un cours à Sciences Po il y a trois ans.

Aujourd’hui on paye les journalistes qui écrivent pour le magazine et nous ne sommes pas peu fiers de notre dernier numéro en kiosque à partir du 15 décembre, avec au sommaire :

- Une interview de Cécile Duflot: la banlieusarde monte à la capitale

- Les Chinois d’Ile-de-France : enquête sur une communauté à multiples facettes

- A Clichy, la plus belle réalisation architecturale est un… commissariat

- Le pigeon: pourquoi est-il si méchant ?

- Comment créer un club snob à Paris ? Une soirée au Silencio de David Lynch

- Déconstruction des très courrues soirées “we love”

Attendre la sortie en salles d’un documentaire sur LE quotidien américain, c’était un peu comme attendre un nouvel épisode d’une saga haletante. Projeté seulement dans trois salles à Paris, il fallait que j’y aille. Mon attachement au journal (enfin surtout à sa version web) dure depuis 2008 et, malgré son site Internet assez horrible d’aspect, j’ai décidé il y a quelques mois d’investir dans l’abonnement mensuel à 11,99 dollars qui donne accès à tous les articles web et à l’appli iPhone.

J’ai donc voulu voir comment cela se passait à l’intérieur. Le documentaire d’Adrew Rossi nous emmène au service média du New York Times et suit plus particulièrement David Carr, ex-toxico reconverti en figure phare de la “dame grise” : on le voit travailler plus d’un mois sur une enquête à propos de la Tribune Company, engueuler un blogueur du magazine Vice qui lui raconte comment il a enquêté sur le cannibalisme en Afrique soulignant que le NYT ne l’avait pas couvert, retracer la nuit où il s’est fait arrêter pour détention de cocaïne. On n’apprendra cependant jamais comment il est entré au quotidien.

 

Comme beaucoup de films traitant de journalisme, tout commence aux imprimeries, avec ce papier qui devient si difficile à vendre. La transition d’un média emblématique à l’heure du web, voilà le sujet du film traité de façon un peu brouillonne. Wikileaks est évoqué de manière très descriptive, on suit la nomination d’un jeune reporter au poste de chef du bureau à Bagdad et les interviews du jeune et talentueux Brian Stelter, blogueur embauché par le Times, devenu reporter média, en même temps qu’on nous rappelle la mauvaise couverture de la période qui a précédé la guerre en Irak et les affaires de plagiat qui ont conduit à la démission du journaliste Jayson Blair en 2003.

Le documentaire semble vouloir poser toutes les questions : que va devenir le journalisme à l’ancienne ? Comment se passe la transition du papier vers le numérique? Le traitement de l’information change-t-il avec le support ? Quel avenir pour la presse?

La limite du film tient dans cette peur agitée d’un journalisme qui s’éteindrait parce que le papier ne se vend plus. C’est aller un peu loin, un peu vite. Comme l’explique Jeff Jarvis, auteur de What Would Google Do ?, dans le film, il y aura toujours de l’info, mais il y a aujourd’hui beaucoup plus de médias qu’à l’époque du Watergate.

Tous s’accordent à dire que le New York Times traverse une période difficile - 100 journalistes sont licenciés en 2010, on assiste à certains départs dans le film – mais aussi qu’une telle institution sera toujours sauvée par des investisseurs et des mécènes. Surtout aux Etats-Unis, où les fondations ont un rôle très important dans le financement des médias.

Le documentaire donne donc davantage envie de bosser au NYT (où les journalistes ont des semaines pour travailler leurs enquêtes), qu’il ne nous permet de comprendre comment ce media assure la transition sur le web et s’il le fait bien ou non. Sans surprise, on apprendra que  le modèle payant installé en 2010 semble rapporter. Mais, une fois encore, c’est aussi parce qu’il s’agit de la marque New York Times et que le journal bénéficie d’un lectorat dans le monde entier.

Le montage ultra-resserré, et quelques plans très mal cadrés, ne rendent pas le tout plus clair. Je regrette presque de l’avoir vu en salle tant la qualité de l’image est médiocre à certains moments. On sent surtout que le réalisateur n’arrive pas à se concentrer sur un sujet. On en ressort donc avec un panorama incomplet du fonctionnement de cette énorme machine dans un contexte de crise de la presse écrite, et plus largement des médias. Ce que l’on savait déjà.

Pour ceux qui me suivent ici (en reste t-il ?), j’imagine que vous avez remarqué que je ne suis pas très productive. Pas que je n’en est pas envie, plutôt que je ne publie sur ce blog que des billets plutôt longs et qui me demandent un peu de temps (enfin deux heures quoi). Flemmarde que je suis, vous me trouverez donc beaucoup plus prolifique sur mon tumblr misspress.fr, qui me permet de noter des petites choses, et de garder des trouvailles de l’Internet.

Vous savez que j’aime tumblr, j’ai écrit un article sur la question et interviewé son fondateur. Mise à jour : j’incite même les candidats à y être actifs.

Il y a quelques semaines j’ai trouvé sur le site du magazine The Atlantic cette liste de 100 articles “longs”, qui regroupe les meilleurs articles, reportages, enquêtes qu’un des journalistes avait lu en 2010.

J’ai cliqué sur plusieurs des liens sans jamais être déçue. J’y retourne ponctuellement pour cliquer, et toujours la même satisfaction. La lecture vous prendra surement une bonne dizaine de minutes pour chaque papier mais je vous les recommande vraiment. Pour ceux intéressés par la vie des journalistes, ce pavé à propos de la vie de freelancepublié sur le site The Awl, est drôle et tellement juste.

Vous trouverez aussi ce genre de pépites sur un site qui s’est spécialisé dans la sélection de ces longs articles fouillés, riches et denses, Longreads. Le site affiche le temps de lecture pour chaque article. Suivez leur compte twitter, très actif et pas avare de bons liens.

Deux liens vers des sites en anglais, je me dis qu’il faudrait lancer ça en France. Si vous avez des suggestions…

J’ai déjà écrit un article sur cette excellente anthologie du magazine 20 ans intitulée 20ANS magazine. Anthologie. Je hais les jeunes filles et publiée aux éditions rue fromentin (dans toutes les librairies depuis le 14 avril).

J’ai encore des choses à dire, alors je continue ici. Ce bouquin n’est pas juste un recueil de tous les meilleurs articles. L’éditrice, Marie Barbier, est allée interviewer la plupart des gens qui ont collaboré au magazine à la “belle époque” de 20 ans. Les années Isabelle Chazot. Lorsque cette diplômée de la Sorbonne arrive à la tête du magazine, la ligne éditoriale change, attire des plumes rares et bazarde tous les codes éditoriaux et artistiques.

Au fil des pages du livre, on dévore les articles entrecoupés d’interviews. Et je note, au passage, quelques phrases qui disent, en substance, que ce magazine ne pourrait plus exister aujourd’hui. Alain Soral y avait dressé un portrait au vitriol du Dalaï Lama et de quelques icônes de l’époque. Isabelle Chazot, aujourd’hui chez FHM, le dit dans le livre, “20 ans est plus ou moins mort quand les éditeurs ont décidé unanimement de produire une presse consumériste et menteuse.” Plus loin, elle continue: “Je n’aurais pas pu travailler avec des journalistes youp’la boum qui ont la positive attitude, une vision trop lisse des choses de la vie. L’écriture “dossier de presse” était bannie, le cirage de pompe vous exposait aux ricanements de tous”.

Même propos dans la bouche de Julie Rambal, ex-rédactrice. “On ne cherchait pas à consoler les lectrices, mais on leur suggérait d’être moins connes. Maintenant l’esprit 20 ans n’existe plus, les sujets qu’on y traitait n’intéressent pas les féminins marketés d’aujourd’hui trop occupés à vendre des espaces pub en adoptant un ton lisse et tempéré.” Muriel Graindorge, ancienne rédactrice en chef explique: “Un titre, maintenant, peut rester deux ans dans les tuyaux avant d’être lancé, et il ne cesse de passer par tout un tas de tests marketing. Dans ce contexte un titre comme 20 ans ne serait simplement jamais sorti.”

Pourrait-on lire un article sur le libéralisme sexuel comme celui-ci?

Elise (qui officie sur le blog Elixie, et qui a aussi écrit un billet à propos du livre) résume tout ça très bien: “Les rédactrices en chef ont tendance à nous prendre pour des vagins géants affamés de Marc Jacobs.” Pas mieux.

Plus je lisais les articles et les interviews et plus j’avais envie de courir acheter des 20 ans, retrouver cet esprit et lire ce qu’il était possible de faire, lorsque la pression des annonceurs étaient moins forte. Une autre époque.

C’est en tout cas ce que semble dire Diastème sur son blog. Idole des lectrices, ce journaliste sous pseudo a répondu aux courriers envoyés à la rédaction pendant des années. “La liberté que nous avions, la liberté de penser et d’écrire ce que nous voulions, de nous moquer des annonceurs, des vedettes, des puissants – de nos financiers par exemple, a fini par sembler dangereuse au vu des centaines de milliers de lecteurs que nous avions, et des belles publicités pour les beaux produits cosmétiques qui entouraient nos pages. Nous étions dangereux, oui, car incontrôlables.”

Même Alain Soral témoigne: “20 ans, c’était amusant, cela permettait de faire le pont entre les lectures très sérieuses que je faisais sur le marxisme et mon vécu, en le transcrivant pour les jeunes filles.”

On ne va pas se morfondre et se dire “c’était mieux avant”, mais il fait bon parfois rêver d’autre chose. Le magazine Causette y arrive assez bien je trouve.

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A retrouver dans le livre: les horoscopes farfelus de Sophie Talma, quelques chroniques de Diastème dont une chronique sport mémorable, une interview surréaliste d’Albert Dupontel, une interview de Michel Houellebecq, le spleen de la consommatrice par Eugène Mansfield, etc. Bref allez lire le livre!

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