Avant de commencer (et si vous en avez rien à foutre du reste) : le palmarès du festivalautrement dit une très bonne liste de BD à lire.

Mon histoire avec Angoulême avait mal débuté. La ligne 4 du métro avait décidé d’être en panne, comme ça un samedi matin, et de me faire manquer mon train Je n’ai jamais manqué un train de ma vie (je fais comme les mémés j’arrive toujours 20 minutes avant pour m’acheter le magazine La Vie au kiosque).

Je n’arrivais donc qu’à 13h35 dans la ville des bulles, après une balade de santé obligée d’une heure à Poitiers (le futuroscope est toujours aussi mort) et avoir claqué 50 euros pour me racheter un billet.

Ce que j’ai vu de Poitiers 

Quand j’arrive enfin à Angoulême, il faisait beau mais mon bad karma avait décidé de se ramener deux heures plus tard avec sa meilleure pote : la pluie. Et la ville se transforma alors rapidement en décor de film d’horreur. Parce qu’Angoulême, avouons-le, n’est pas une belle ville (ce post n’est pas sponsorisé par la région Poitou-charentes, coucou Ségolène Royal).

Mais après avoir mangé une crêpe jambon-fromage un peu trop chère, j’ai découvert “Le Nouveau Monde”, cette tente qui abrite les éditeurs cools et la BD dite “alternative”. Pas les gros genre Dargaud, Castermann, Delcourt, plutôt “çà et là” qui édite “Trop n’est pas assez”, “Les grattes-ciels du Midwest“, ou Actes Sud qui édite Chantal Montellier et Brecht Evens, deux génies.

Je n’avais rien lu de Chantal Montellier, mais il se trouve que Chantal était debout au stand Actes Sud, avec Brecht Evens à côté. Tous les deux étaient sélectionnés à Angoulême cette année. Si Brecht attire les foules avec ses splendides aquarelles en guise de dédicaces, il est plus facile de taper la discut’ avec Chantal. La petite soixantaine, elle nous raconte qu’on reproche à son dernier album, “L’inscription” (acheté, pas encore lu) d’être misandre, ce à quoi elle répond qu’il y a beaucoup trop d’hommes misogynes et nous demande si ça se dit encore de dire popoll pour désigner un pénis.

Dessinatrice de presse, ancienne prof, Chantal est sympa et me fait un dessin en me racontant tout ça.

En face de Chantal, à côté de Ulli Lust (auteur de “Trop n’est pas assez”) et Joshua Cotter (auteur de “Les Gratte-ciel du Midwest”), Eddie Campbell, homme fin et grisonnant, faisait quelques croquis à des fans venus le rencontrer, il est sélectionné cette année avec le pavé “Alec“, un recit autobiographique qui dure 30 ans et 640 pages. Sympathique, mais pas très locace, je lui tends mon exemplaire, il commence à dessiner sous la table afin que je ne vois rien. Il le referme, me le rends, me regarde l’ouvrir et me sourit. Sans lâcher un mot.

Au stand de la maison d’édition “Six pieds sous terre”, Terreur graphique, auteur du splendide “Rorschah”, BD semi-autobiographique à propos de la mort de sa mère, était plus bonhomme. Il me demande si j’étais à la soirée Arte vendredi soir. “Nan parce que c’était très bien, et puis open-bar et gratuit”.

Plus loin, Gilles Rochier, lui dit alors de me foutre la paix. Gilles Rochier, auteur de “Ta Mère La Pute”, une BD à propos de la construction d’une cité, a obtenu le prix de la révélation du festival. Je ne l’ai pas encore ouverte mais je garde la dédicace du très sympathique Gilles dans ma bibliothèque.

L’autre lieu où il faut aller jeter un oeil à Angoulême, c’est Le Monde des bulles. Un endroit chaotique où tous les gros éditeurs semblent torturer les auteurs pour qu’ils dédicacent plus vite que leur ombre.

Pas effrayés par la foule, les fans de Graig Thomson, Boulet, Pénélope Bagieu, Guy Delisle (prix du meilleur album 2012) n’hésitent pas à attendre des heures pour obtenir une dédicace. Pour vous faire une idée, voici la fille d’attente pour se faire dédicacer le tome 6 des “notes” de Boulet ou “Page Blanche” du même Boulet et de Pénélope Bagieu.

Cette demi-journée de festival ne m’aura pas permis de voir les deux expos consacrées au maître Art Spiegelman, ni aucune autre expo quand j’y pense. Celle à propos du dessinateur Fred était fermée en fin d’après-midi samedi (bad karma, le retour). L’une des deux expos Spiegelman sera présentée à Paris, mais “pas la meilleure” m’a t-on expliqué dans la salle de presse du festival.

Je suis donc repartie avec mon poids en BD, sept au total, quatre dédicacées. L’année prochaine, j’y passe quatre jours, faut pas déconner.

- Paul a un travail d’été, Michel Rabagliati (La Pastèque)

- Approximativement, Lewis Trondheim (Cornélius)

- Rorschah, Terreur Graphique (Six pieds sous terre)

- Ta Mère La Pute, Gilles Rochier (Six pieds sous terre) -> prix de la révélation

- L’inscription, Chantal Montellier (Actes Sud)

- Alec, Eddie Campbell (çà et là)

- Les Amateurs, Brecht Evens (Actes Sud)

Les BD que je lis, j’en parle aussi sur un autre blog : La BD du week-end.

C’est le numéro 6Megalopolis, c’est le résultat d’une idée qu’on a eu dans un cours à Sciences Po il y a trois ans.

Aujourd’hui on paye les journalistes qui écrivent pour le magazine et nous ne sommes pas peu fiers de notre dernier numéro en kiosque à partir du 15 décembre, avec au sommaire :

- Une interview de Cécile Duflot: la banlieusarde monte à la capitale

- Les Chinois d’Ile-de-France : enquête sur une communauté à multiples facettes

- A Clichy, la plus belle réalisation architecturale est un… commissariat

- Le pigeon: pourquoi est-il si méchant ?

- Comment créer un club snob à Paris ? Une soirée au Silencio de David Lynch

- Déconstruction des très courrues soirées “we love”

Attendre la sortie en salles d’un documentaire sur LE quotidien américain, c’était un peu comme attendre un nouvel épisode d’une saga haletante. Projeté seulement dans trois salles à Paris, il fallait que j’y aille. Mon attachement au journal (enfin surtout à sa version web) dure depuis 2008 et, malgré son site Internet assez horrible d’aspect, j’ai décidé il y a quelques mois d’investir dans l’abonnement mensuel à 11,99 dollars qui donne accès à tous les articles web et à l’appli iPhone.

J’ai donc voulu voir comment cela se passait à l’intérieur. Le documentaire d’Adrew Rossi nous emmène au service média du New York Times et suit plus particulièrement David Carr, ex-toxico reconverti en figure phare de la “dame grise” : on le voit travailler plus d’un mois sur une enquête à propos de la Tribune Company, engueuler un blogueur du magazine Vice qui lui raconte comment il a enquêté sur le cannibalisme en Afrique soulignant que le NYT ne l’avait pas couvert, retracer la nuit où il s’est fait arrêter pour détention de cocaïne. On n’apprendra cependant jamais comment il est entré au quotidien.

 

Comme beaucoup de films traitant de journalisme, tout commence aux imprimeries, avec ce papier qui devient si difficile à vendre. La transition d’un média emblématique à l’heure du web, voilà le sujet du film traité de façon un peu brouillonne. Wikileaks est évoqué de manière très descriptive, on suit la nomination d’un jeune reporter au poste de chef du bureau à Bagdad et les interviews du jeune et talentueux Brian Stelter, blogueur embauché par le Times, devenu reporter média, en même temps qu’on nous rappelle la mauvaise couverture de la période qui a précédé la guerre en Irak et les affaires de plagiat qui ont conduit à la démission du journaliste Jayson Blair en 2003.

Le documentaire semble vouloir poser toutes les questions : que va devenir le journalisme à l’ancienne ? Comment se passe la transition du papier vers le numérique? Le traitement de l’information change-t-il avec le support ? Quel avenir pour la presse?

La limite du film tient dans cette peur agitée d’un journalisme qui s’éteindrait parce que le papier ne se vend plus. C’est aller un peu loin, un peu vite. Comme l’explique Jeff Jarvis, auteur de What Would Google Do ?, dans le film, il y aura toujours de l’info, mais il y a aujourd’hui beaucoup plus de médias qu’à l’époque du Watergate.

Tous s’accordent à dire que le New York Times traverse une période difficile - 100 journalistes sont licenciés en 2010, on assiste à certains départs dans le film – mais aussi qu’une telle institution sera toujours sauvée par des investisseurs et des mécènes. Surtout aux Etats-Unis, où les fondations ont un rôle très important dans le financement des médias.

Le documentaire donne donc davantage envie de bosser au NYT (où les journalistes ont des semaines pour travailler leurs enquêtes), qu’il ne nous permet de comprendre comment ce media assure la transition sur le web et s’il le fait bien ou non. Sans surprise, on apprendra que  le modèle payant installé en 2010 semble rapporter. Mais, une fois encore, c’est aussi parce qu’il s’agit de la marque New York Times et que le journal bénéficie d’un lectorat dans le monde entier.

Le montage ultra-resserré, et quelques plans très mal cadrés, ne rendent pas le tout plus clair. Je regrette presque de l’avoir vu en salle tant la qualité de l’image est médiocre à certains moments. On sent surtout que le réalisateur n’arrive pas à se concentrer sur un sujet. On en ressort donc avec un panorama incomplet du fonctionnement de cette énorme machine dans un contexte de crise de la presse écrite, et plus largement des médias. Ce que l’on savait déjà.

Pour ceux qui me suivent ici (en reste t-il ?), j’imagine que vous avez remarqué que je ne suis pas très productive. Pas que je n’en est pas envie, plutôt que je ne publie sur ce blog que des billets plutôt longs et qui me demandent un peu de temps (enfin deux heures quoi). Flemmarde que je suis, vous me trouverez donc beaucoup plus prolifique sur mon tumblr misspress.fr, qui me permet de noter des petites choses, et de garder des trouvailles de l’Internet.

Vous savez que j’aime tumblr, j’ai écrit un article sur la question et interviewé son fondateur. Mise à jour : j’incite même les candidats à y être actifs.

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